Samedi 23 janvier 2010
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La Bête du Gévaudan est un animal légendaire, responsable d'une centaine d'attaques mortelles dans le Gévaudan
(centre de la France) au XVIIIe siècle. La Bête a sévi dans le diocèse du Gévaudan, qui, de nos jours correspond au département de la Lozère, et des parties du Cantal et de la Haute-Loire.
Sous ce terme de "Bête du Gévaudan" sont regroupés une série d'événements qui
eurent lieu du 30 juin 1764 au 19 juin 1767. Durant cette période, au moins cent quatre attaques mortelles et de nombreuses autres, non mortelles, furent attribuées à l'animal (considéré d'abord
comme un loup) ou à plusieurs animaux. L'environnement du Gévaudan est constitué de vallées et de montagnes très boisées. Les villages sont éloignés de plusieurs kilomètres les uns des autres, et la rareté des
routes à l'époque de l'affaire rendait les déplacements difficiles, longs et dangereux.
La première victime officielle de la
Bête fut Jeanne Boulet, jeune fille âgée de quatorze ans, tuée le 30 juin 1764, au village des Hubacs (près de Langogne) dans la paroisse de Saint-Étienne-de-Lugdarès en Vivarais. La victime fut
enterrée "sans sacrements", n'ayant pu se confesser avant sa mort. On relève toutefois que la consignation de sa mort par le curé de la paroisse mentionne qu'elle fut victime de la bête féroce,
ce qui suggère qu'elle ne fut pas la première victime réelle mais seulement la première déclarée... Suivra un carnage qui va terroriser la région pendant trois ans.
Certains supposent (sans qu'aucune preuve ait pour le moment été apportée) qu'un
homme avait dressé un ou plusieurs croisements de chiens et de loups en leur apprenant à se nourrir de chair humaine. Certains indices pourraient laisser penser que cet homme ou ces hommes
auraient été des détraqués sexuels (selon des témoignages de l'époque, la "bête" a déshabillé et décapité certaines de ses victimes). Parmi les suspects figure une famille défavorablement connue
dans la région, les Chastel. L'emprisonnement des Chastel (de courte durée, pour des motifs d'outrage aux autorités venues chasser la Bête) n'eut cependant aucune incidence notable sur les
attaques.

D'autres hypothèses évoquent plus simplement un ou des animaux sauvages : loups, hybrides de loups et de chiens, hyène, ours, lion, singe, échappés des mains de leur conducteur. À moins que
certains criminels n'aient profité des circonstances pour mettre leurs propres crimes sur le compte d'animaux.
Devant l'ampleur de l'affaire, les autorités se décidèrent à faire appel à divers
chasseurs afin d'organiser des battues auxquelles participa de plus en plus de monde. Dragons, louvetiers et porte-arquebuse du roi se succédèrent alors pour "courir sus à la Bête". Les résultats
furent, à tout le moins, décevants. Il faudra attendre le 20 septembre 1765 pour qu'un grand loup soit abattu par le porte-arquebuse du roi, François Antoine (souvent surnommé, par erreur, de
Beauterne). La Bête, ou du moins ce qui en tenait lieu puisque l'animal tué était bien un loup, fut naturalisée et envoyée à Versailles puis déposée au Cabinet du Roi, futur Muséum national
d'histoire naturelle. Pour le roi Louis XV et la Cour, l'affaire était close...

Le calme sembla revenir, mais en décembre, les crimes reprenaient. Les autorités se désintéressaient alors de l'affaire, concluant à des coïncidences. Le pays du Gévaudan allait devoir vivre
presque encore deux ans avec "sa Bête", celle-ci ne faisant cependant six morts en 1766 et dix-huit durant les six premiers mois de 1767 malgré les continuelles battues (celles de 1765 comptèrent
jusqu'à trente mille personnes, paysans pour la plupart). Enfin, le 19 juin 1767, au cours d'une chasse dans les bois de la Ténazeyre, au lieu-dit la Sogne d'Auvers, c'est Jean Chastel lequel
avait été précédemment emprisonné à tort, un homme du hameau de la Besseyre-Saint-Mary, qui abat un animal ressemblant à un loup d'une taille très importante. Des récits ultérieurs relatèrent
l'histoire, disant cet homme étrange et le soupçonnant de sorcellerie, lui faisant employer une balle bénite. Il est, en revanche, avéré que les agressions cessèrent à compter de cette
date.

Outre le fait que la Bête ait fait un nombre considérable de victimes, de nombreux détails la concernant sont curieux :
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Sa nature morphologique : c'est très certainement un canidé, mais d'aspect
inhabituel. Il pourrait s'agir d'un hybride de chien et de loup (cf. le rapport de l'autopsie de la bête du notaire Roch Marin, rédigé le lendemain de la mort soit le 20 juin
1767).
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Sa relative invulnérabilité : le manque d'efficacité des armes a fait
supposer qu'elle a pu porter parfois une cuirasse, par exemple faite en peaux de sanglier.
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Son ubiquité : la bête est aperçue dans un très faible intervalle de temps
en des lieux distants de plusieurs kilomètres les uns des autres. Ces distances, bien qu'extrêmes dans certains cas, restent cependant envisageables pour un seul animal.
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Sa familiarité, son audace : elle ne semble pas craindre l'homme. Au moins
vingt-deux fois, des victimes ont été attaquées en plein village et presque toutes les attaques ont eu lieu de jour.
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Son agressivité : la bête ne semble pas attaquer uniquement sous
l'impulsion de la faim et fait preuve d'un grand acharnement.
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Son agilité : exceptionnelle aux yeux des témoins.
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La mise en scène humaine dans certains meurtres (habits disposés près de la
victime selon des sources non authentifiables).

Malgré le fait que les sources d'époque soient parfois peu fiables ou mal interprétées, notamment sur les lieux et les scènes exactes des carnages, un certain nombre de points obligent à
privilégier un faisceau de probabilités qui dessinent un tableau s'approchant sans doute de la réalité.
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L'hypothèse surnaturelle n'est pas prise en compte.
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Les agressions ne peuvent pas toutes être l'œuvre d'un homme (toutes les
personnes ayant survécu à une attaque ont décrit un animal dans les témoignages authentifiés).
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Il semble que les agressions ont diverses origines, attaques classiques de
loups, mais surtout attaques d'une bête particulière. On ne peut évidemment exclure, mais cela n'est pas prouvé, des attaques d'un ou de plusieurs criminels profitant du
contexte.
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L'hypothèse d'une mise en scène dans le cas de la bête tuée par François
Antoine (utilisant un loup de taille spectaculaire amené du zoo de Paris) ne repose que sur des conjectures sans preuves. En effet, le zoo de Vincennes est né de l'exposition coloniale de 1931
et la ménagerie du Jardin des Plantes n'a vu le jour que sous Napoléon Ier...
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La bête tuée par Jean Chastel pourrait avoir été un animal apprivoisé et
entraîné à tuer, selon certaines théories ; en tout cas, sa description est, de toute évidence, celle d'un canidé.
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Aucune preuve ne permet d'accuser la famille Chastel ni la noblesse locale qui
aurait couvert ses agissements.
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L'usage du terme "bête" (au lieu de "loup") par les témoins, alors que cet
animal bien connu dans les campagnes de l'époque aurait dû être identifié sans conteste, est plus que troublant. De plus, les loups chassent généralement en meute, et il est admis par les
spécialistes que les attaques de loups contre des êtres humains sont très rares.
-
Le fait que toutes les victimes n'ayant pas réchappé aux attaques aient été des
femmes et des enfants, s'il peut de prime abord faire penser à l'œuvre d'un tueur sadique, s'explique sans doute par les circonstances de l'époque : ces victimes - souvent très jeunes -
gardaient seules les troupeaux et constituaient donc des proies plus faciles que les hommes travaillant, eux, la plupart du temps en groupe et munis d'outils (faux, fourche, hache, ...) pouvant
aisément se transformer en armes de défense.
Quoi qu'il en soit, Jean Chastel a tué une bête reconnue comme étant LA Bête par
de nombreux témoins, y compris des rescapés d'attaques, dont la description mentionne qu'elle fait penser à un loup mais n'en est pas un, et les attaques ont cessé à compter de ce
moment...
Pourtant, en 1819, dans un petit fascicule vendu un franc au Jardin des Plantes,
on pouvait lire : "Description de ce qu’il y a de remarquable à la Ménagerie et au Cabinet d’Histoire Naturelle, concernant la vie et les habitudes des Animaux féroces qui sont renfermés tant à
la Ménagerie que dans la Vallée Suisse : Suivie des Curiosités qui se trouvent au Cabinet d’Histoire Naturelle. Imprimerie J. MORONVAL, Paris, 1819" aux pages 5 et 6 : "5. La Hyenne
barrée d’Orient.- ... Ce féroce et indomptable animal est rangé dans la classe du loup cervier ; il habite l’Egypte, il parcourt les tombeaux pour en arracher les cadavres ; le jour, il
attaque les hommes, les femmes et les enfants, et les dévore. Il porte une crinière sur son dos, barrée comme le tigre royal ; celle-ci est de la même espèce que celle que l’on voit au
cabinet d’Histoire Naturelle, et qui a dévoré, dans le Gévaudan, une grande quantité de personnes". Cet animal est donc clairement identifié comme une hyène rayée et non comme un loup. Ce
spécimen naturalisé n'est plus présent dans les collections du Muséum National d'Histoire Naturelle puisqu'il n'a pas été conservé.
Alors que pouvait être cet animal ? Le loup tué par François Antoine ? La bête tuée par Jean Chastel ? Le mystère reste entier...