Dépression cardiogénique

28 février, 2010

Il a 52 ans et il a vu des médecins trois fois dans sa vie.

La première fois lors de son premier infarct. Hospitalisé, coronarographé, stenté. Il est sorti avec une ordonnance pour 6 mois, alors au bout de 6 mois il a arrêté son traitement.
La deuxième fois six ans plus tard, à l’occasion d’une nouvelle douleur thoracique. Hospitalisé, mais cette fois ECG normal et tropo normale. On l’a gardé 3 jours dans le service de cardiologie, on lui a fait une poignée d’examens et il est sorti avec une ordonnance pour « jusqu’à nouvel ordre » (la gueule du pharmacien…) et la consigne ferme de trouver un médecin traitant, cette fois.
La troisième fois au sortir de son hospitalisation, dans mon cabinet, me disant « Je viens pour chercher la maladie » en me tendant un dossier d’AAH*. (M’est avis que t’as pas besoin de mon aide pour l’avoir, la maladie, coco…)

Il me montre son ordonnance, évidemment longue comme un jour sans clope. Dix ans de cardiopathie ischémique non traitée, ça se rattrape.
En tout, il doit avaler 36 comprimés / sachets / gélules par jour. J’imagine que pour quelqu’un qui ne prenait strictement rien, ça fait un sacré jump.
Sur la liste, des tas de trucs de cardiologue. Et puis un antidépresseur et des anxiolytiques.

Sur le compte rendu d’hospitalisation (que je recevrai bien sûr quelques bonnes semaines plus tard) :

Examen clinique à l’entrée :
Blabla, conscience, constantes, douleur thoracique constrictive, blabla, « syndrome anxio dépressif majeur ».

Moi je dis ils sont forts à l’hôpital.
Parfois des semaines à moi, que ça prend, d’évaluer si un patient est dépressif ou pas, et si ça mérite ou pas un traitement.
Eux, ils sont tellement balèzes que dans un box sordide, pour un patient en pleine douleur thoracique qui doit se demander s’il va y passer ou pas, ça leur prend le temps d’un « examen clinique à l’entrée ».
Moi je dis chapeau.

*AAH : Allocation Adulte Handicapé.

Ma mère raconte souvent les colères homériques que je piquais devant mes devoirs quand j’avais 7 ou 8 ans.
Paraît-il que je tapais du pied, que je criais, que je lançais mes crayons à travers la pièce. Il faut bien avouer que ma mère a un goût particulier et un grand talent pour l’enjolivement des histoires, surtout celles qui racontent ses filles. Mais quand même, même si je ne me souviens pas du lancer de crayon, je me souviens très nettement de mon état de fureur bouillonnante devant ces livres idiots.
Exercice 11 page 43 : Conjuguez les verbes entre parenthèses.
- Hier, pour ses 8 ans, Martine (souffler) les bougies du  gâteau d’anniversaire au chocolat que sa maman a cuisiné.
La réponse, c’était « a soufflé ». Sauf qu’on pouvait pas répondre « a soufflé ». Interdiction formelle de la maîtresse. Fallait écrire : « Hier-pour-ses-8 ans-Martine-a soufflé-les-bougies-du-gâteau-d’anniversaire-au-chocolat-que-sa-maman-a-cuisiné ».
J’avais tenté plusieurs fois les points de suspension, l’allègement de la phrase genre « Martine a soufflé les bougies de son gâteau », j’avais même essayé de négocier de faire en plus les exercices 12 et 13, pour compenser (ce que je trouvais d’ailleurs diablement plus formateur que de recopier que le gâteau était au chocolat). Non non non, la maîtresse elle disait.
Et vraiment, ça me rendait folle de rage. Le genre de rage à laisser une étincelle au milieu du ventre qu’un simple souvenir suffit à raviver 20 ans plus tard : je la sens flamber sous mon estomac au moment même où je tape ces mots.

Dans le même genre, paraît que Maman m’a retrouvée dans la cour de l’école à la fin de mon tout premier jour de CP, à shooter avec une application frénétique dans une poubelle qui ne m’avait pas demandé grand chose, parce que je ne savais pas encore lire. « Aaaaaah ! C’est gagné ! RIEN ! On a appris RIEN ! » que je criais en martelant la poubelle. Paraît-il.

Tout ça pour vous dire que ma haine de la perte de temps éducative et du gaspillage d’énergie dans la stérilité scolaire ne date pas d’hier.
Et puis pour frimer un peu, j’avoue. J’aime bien l’histoire de la poubelle.

Bref, j’arrive à mon tout premier jour d’internat à la réunion de la fac. Programme, organisation des cours, critères de validation des enseignements, tout nous est expliqué dans le détail.
On nous distribue des petites pochettes à nos noms, avec des petites feuilles et des petits cahiers. On sent qu’il y a du travail et de l’application, peut-être même un peu d’amour derrière tout ça. On sent qu’une réforme vient d’annoncer que la médecine générale était une spécialité au même titre que toutes les autres.
Y a un des cahiers qui porte un nom furieusement excitant : Carnet des compétences à acquérir au cours du DES de Médecine Générale. Et alors, dedans, y a des tas de pages pleines de petits tableaux avec des petites colonnes.
« Pour chaque item et au cours de chaque stage, indiquez quel est le niveau que vous avez atteint. Tout au long du stage, montrez ce carnet à l’un de vos référents pédagogiques (sic) qui doit y apposer sa signature » .

Je ne rêve pas. J’ai mes petits stages en colonnes, 6 stages, et pendant les 3 années à venir, et je dois mettre à côté de chaque petit item :
- 0 quand « Je n’ai pas rencontré ce problème au cours de mon stage » ,
- 1 quand « J’ai été confronté au problème mais j’estime que je n’ai pas suffisamment d’expérience pour pouvoir le gérer correctement une autre fois » , et
- 2 quand « J’ai été confronté au problème plusieurs fois et j’estime maintenant pouvoir le gérer » .
Et puis je dois aller voir mon « référent pédagogique » pour qu’il y « appose sa signature ».
J’ai 25 ans. J’ai 25 ans, et 7 ans de fac derrière moi, bordel de dieu.

La découverte des « items » est délicieuse. Je décide d’en rire puisque je n’ai plus l’âge de lancer des crayons à travers la pièce, et qu’il manque cruellement de poubelles dans l’amphithéâtre. Ils sont rangés par ordre alphabétique, dans des jolis tableaux, et y en a 17 pages.

Dans le tableau « Problèmes aigus » , et je jure que je n’en invente aucun : Céphalée. Constipation. Diarrhée. Douleur au genou. Douleur au coude. Douleur d’une ou plusieurs articulations. Nez bouché, nez qui coule.  ô Joie.
Dans le tableau « Gestes techniques », entre « Toucher rectal » et « Palpation de la thyroïde » : « Suivi d’une grossesse ». Je ne cherche plus à comprendre.
« Reconnaître un molluscum pendulum » sur une ligne, « Suivi de l’enfant » sur sa jumelle d’en dessous, comme si les deux avaient la même importance.
« Suivi de l’enfant », tiens, c’est cool. Je cherche « Suivi de l’adolescent » (je trouve), « Suivi du nouveau-né » (je trouve) et « Suivi de la femme » (je trouve).
C’est couillon, il manque « Suivi de l’homme » ; je t’aurais résumé les 17 pages en 4 ligne que ça aurait été vite vu.

Le truc qui me peine, c’est d’imaginer qu’il y a des gars pétris de désir de bien faire qui se sont réunis pendant des heures pour nous pondre ça, qui y ont probablement passé un temps de toute façon indécent, et qui s’imaginent que, pendant trois ans, on va remplir nos petites cases avec nos petits bics et courir après nos « référents pédagogiques » (encore faut-il savoir qui ils sont, encore faut-il qu’ils sachent qui on est…) pour avoir leurs petites signatures, et que dans trois ans, on ira leur rendre la poitrine gonflée de fierté le petit carnet rempli de 2 tout partout. Carnet qu’on n’aura bien sûr pas paumé et qu’on aura plastifié amoureusement pour qu’il tienne le coup 6 semestres et 4 déménagements durant.
En tournant les pages, j’ai une bouffée soudaine de solidarité pour les infirmières, dont celles qui ont 30 ans de bouteille, qu’on oblige à remplir leurs cahiers de transmission en respectant les petites colonnes proprettes. « Problème » (Il est constipé) , « Solution mise en oeuvre » (On y a filé un laxatif) , »Résultat » (Il a fait caca).
Pauvres de nous.

Voilà pour les « Compétences à acquérir ».
La prochaine fois, puisque vous avez été sages d’une part, et que ce post serait indigestement trop long de l’autre, je vais vous raconter les « Portfolio » dans lesquels on doit mettre nos « Traces d’apprentissage » et nos « Récits de Situations Complexes Authentiques ».
Oh, et les séances de tutorat, bien sûr.

Elle est infirmière, et elle est enceinte. Deux bonnes raisons pour qu’elle me soit sympathique.
Elle ne me l’est pas.
Du genre à vouloir une fibroscopie parce que « ça fait drôle » quand elle boit trop froid, 2 semaines d’arrêt de travail parce qu’elle est constipée  et deux rendez-vous sur un seul créneau.

Elle vient, cette fois, pour son suivi de grossesse. Et puis parce qu’elle a peur d’avoir une bronchite.
Elle me tend son bilan du 5ème mois. Un bilan de 5 mois, pour elle comme une grosse majorité de femmes, c’est protéinurie, sérologie de la toxoplasmose  et c’est tout.
- Qui vous a prescrit ça ?
- Bin c’est mon bilan de 5 mois. (elle ose !)
- Ah bah non, c’est pas un bilan de 5 mois ça. Et puis je ne vous demande pas ce que c’est, je vous demande qui vous l’a prescrit.
- Bin le Dr Carotte, affirme-t-elle sans se dégonfler.
- Le Dr Carotte ne vous a pas prescrit ça. (moi aussi je sais affirmer, tu vois…)

Sur les 7 pages que j’ai sous les yeux s’alignent sagement, tenez-vous bien (surtout toi gentil médecin conseil, si tu nous lis) :
* NFS-plaquettes
* VS-CRP
* glycémie à jeûn
* ionogramme complet y compris trou anionique (je me permets un lol)
* urée, créat, CEC
* acide urique (je me permets un olol)
* calcium, phosphore
* magnésium plasmatique (je me re-permets un ololol, tellement les bras m’en tombent. Il est fluoté en jaune, d’ailleurs, le magnéisum plasmatique, rapport qu’il est en dessous des valeurs normales indiquées juste à côté. Que quelqu’un me dise dans quelles circonstances il a déjà eu le moindre intérêt à prescrire un magnésium plasmatique que je me couche moins bête ce soir, s’il vous plaît)
* attention ça devient magique : CPK, LDH, troponine (olololololol ??)
*ASAT ALAT PAL gGT amylase lipase
* TP TCA
* TSH T3 T4
* protéinurie et ECBU
* vit D (les touches « o » et « l » de mon clavier viennent de décéder)
* sérgie txpamse

Le courage me manque pour expliquer aux non-médecins la connerie abyssale de la chose que j’ai sous les yeux. Pour que vous vous rendiez un peu compte, disons que c’est d’une inutilité qui rejoint presque celle de l’apport de Michel Leeb au patrimoine de l’humour français. Sans compter que non content d’être à-la-con, ce genre de bilan est dangereux, pour des raisons que je n’ai plus le courage de vous expliquer ici après avoir fait longuement face au regard bovin de mon infirmière enceinte pendant que j’essayais laborieusement de lui faire rentrer dans le crâne (et pourtant, ce n’est visiblement pas l’espace qui manquait) que non, son « collègue à l’hôpital » qui a « tout coché pour qu’on soit tranquille » ne lui a pas rendu service. Ni à moi, ni à la sécu. Elle n’a quand même pas osé me demander une supplémentation en magnésium, elle a dû lire quelque chose dans mes yeux qui a libéré une poignée de neurotransmetteurs au milieu de sa paire de neurones.

On passe à sa bronchite fulminante aigüe, qui s’avère à la surprise générale être un bon gros rhume. Et encore, je dis ça pour lui faire plaisir. C’était un rhuminet.
Rhuminet qu’elle a traité elle-même pour que ça ne tombe pas sur les bronches (pitié, que quelqu’un m’achève), avec un sirop homéopathique comme ça c’est pas dangereux pour le bébé vu que c’est que de l’homéopathie, et dont elle termine sa 3ème bouteille parce que ça marche pas très bien alors elle en prend plus puisque c’est que de l’homéopathie et que ça peut pas faire de mal.
Voui. Juste, c’est ballot pour les 2% d’éthanol.

Moi j’dis, quitte à picoler, tu te serais fait un bon grog Hépar – Rhum – Citron – Sucre, bien chaud, que ça nous aurait épargné trois consultations.

J’ai quelques bons souvenirs de mes stages de Traumato.
C’est pourtant un condensé incroyable de tout ce que je hais dans la médecine.
C’est pourtant ce qui m’a appris ce que je ne voulais pas faire dans la vie.
C’est pourtant là qu’on trouve les plus merveilleux chiiii-ruuuuuur-gieeeeeeens.

Tout y est. Vraiment. Les poils apparents sous le V du pyjama de bloc, la chaîne en or, les blagues machos pas drôles et les rires gras, la négligence totale de la drôle de boule accrochée au torse qui émet des sons là-haut, loin loin au dessus de la jambe.
Du chiiii-ruuuuur-gieeeeen dans toute sa splendeur.
Moi je dis, quand la réalité colle à ce point au stéréotype, ce n’est plus un stéréotype.

Et pourtant, j’ai fait 3 stages de traumato, dont deux semi-volontairement, ce qui revient à peu près au même qu’un tout entier de mon plein gré, et j’en ai de bons souvenirs.

Bon souvenir d’avoir appris à faire mes premiers noeuds de chirurgien autour du goulot d’une bouteille de vodka, avec tous les fils qu’on avait pu récupérer au bloc, un soir où j’avais eu l’honneur extrême d’être invité par mon externe à une soirée chez lui avec rien que des externes sauf moi, petite inter-P1-P2.  Et mine de rien aujourd’hui, pour attacher le lien des sacs poubelle d’une seule main, alors que de l’autre on est toute occupée à empêcher le sac de se casser la gueule et le touricoti du haut de se dérouler, ça reste vachement utile.

Bon souvenir de ma découverte à la fois déçue et émerveillée, que la traumato, ça a l’air prodigieux comme ça à première vue, mais c’est rien que des choses qu’on PEUT comprendre, nous, humains. C’est jamais rien que de la mécanique. C’est cassé ? Bin on colle, on soude, on y met une vis. On donne des coups de marteaux avec un marteau, on perce avec une perceuse, on colle avec de la colle.
Une fois, on s’est occupé du coude d’un monsieur qui s’était vautré en scooter. La phrase est à prendre dans son sens le plus pur, on s’est occupé de son coude. A savoir que le coude avait explosé en plein de morceaux, et que c’était un foutoir pas possible. On n’y comprenait rien, y en avait dans tous les sens.
Alors on a sorti le coude, morceau après morceau, et on a posé les morceaux sur la table d’à côté. On était trois assis autour de la table, à deux bons mètres du champ opératoire et du propriétaire du coude. On se serait tenu le menton entre les mains si on avait été dans un épisode d’Urgences, quand les gars feuillettent le dossier du malade  avec leurs gants stériles. Ils ont pas encore intégré l’ibode obèse qui vous crie dessus que tu t’es salie et que maintenant tu sors ! , dans Urgences.
- Tourne le, ce bout-là, pour voir ? Regarde, c’est pas un bout de trochlée ?
- Mmmm, attends, et si je tourne celui là, et que je le mets là, à la place de l’autre ?
De temps en temps, un autre chir passait du bloc d’à côté, et il y allait de sa petite suggestion, penché au dessus de nos épaules : « Essaie voir en mettant ce bout là au milieu ? »
A la fin, on a fini le puzzle, on a tout vissé sur la table pour refaire un semblant de coude, on a réveillé l’anesthésiste et on a remis le coude à sa place de coude. On a vissé aux os qui restaient encore à l’intérieur du monsieur, et on a refermé.

Mais mon meilleur souvenir de traumato, c’est sans doute parce que j’ai une sensibilité exacerbée à l’humour absurde et au comique de répétition.
La même scène, à chaque fois, et chaque fois ça me faisait marrer. De préférence quand il y avait un public attentif suspendu à nos lèvres.
Un gars s’était vautré en scooter (on voit préférentiellement des gars qui se sont vautrés en scooter, en traumato), on était un belle rangée de blouses blanches avec nos 10 ans d’études et nos 150 de QI à examiner la radio avec attention, et avec cette fois vraiment le menton entre les doigts, pendant 5 bonnes minutes de silence, dans un moment de réflexion totale.
On regardait ça, en faisant « Mmmmmmm…… »

Et puis quand le suspens était à son comble, quand tout le monde attendait le verdict du chirurgien, il hochait la tête, et il faisait :
« Mmm…. C’est cassé. »

Bin ça me fait encore marrer.

Cart Vitale

17 janvier, 2010

J’aime bien la neige. Parce que c’est joli, et parce que les gens réfléchissent à deux fois avant de sortir de chez eux.
Parce qu’en arrivant le matin dans la cour du Dr Carotte, elle n’est pas déjà pleine à craquer de gens qui m’attendent dans le froid.

Une après-midi calme, donc.
Dans ma salle d’attente, un seul type. Qui ressemble à peu près à lui.
C’est rigolo tout ce qu’il y a dans le non-verbal. Comment on peut savoir qu’un type ne parle pas un mot de français avant même qu’il ouvre la bouche, juste à ses yeux et à son air, à sa façon de se lever quand on l’appelle dans la salle d’attente, à sa façon de serrer la main.
Il n’a donc pas encore ouvert la bouche que je me dis « Et merde, bordel, encore un pénisalgique »

Parce que la tendance s’est largement confirmée depuis. Je crois que comme je m’en veux un peu de les détester (je déteste tous mes patients qui ne parlent pas français, moi qui suis si mauvaise en anglais, si médiocre en examen clinique et pour qui la discussion est tellement importante), je redouble d’efforts pour compenser, et qu’en définitive, alors même que j’essaie désespérément de leur faire savoir que je suis mauvaise, que je ne sais pas faire de la bonne médecine si je ne peux pas parler, qu’il y a des endroits plus adaptés pour la médecine des migrants, avec des traducteurs et des gens qui s’y connaissent, en définitive disais-je donc, je leur accorde plus d’attention que ce à quoi ils sont habitués et on se refile mon adresse sous le manteau.
C’est flagrant. J’en vois un, je lui dis qu’il faut absolument qu’il vienne avec un traducteur la prochaine fois, et dans la demi-heure, j’en ai un autre dans la salle d’attente qui bosse au même restaurant que le premier et qui ne parle pas davantage français.
Va la voir ! qu’ils doivent se dire en pakistanais pour une raison qui m’échappe totalement.

Et c’est toujours la même chose. Enfin, j’ai un peu complété le tableau syndromique depuis : la pénisalgie n’est pas constante. Fréquente, mais pas inévitable. Deux autres grands motifs de consultation : la fatigue et la jambalgie. Ils ont mal au pénis ou à la jambe, ou les deux. Et ils sont fatigués fatigués. Tous. Tout le temps.
Je ne suis toujours pas sûre de ce qu’il y a derrière. Demande de recherche de MST ? De Viagra ? De check-up ?
En tout cas ça fini à peu près toujours de la même façon : vaccinations, « check-up » et paracetamol.

Celui-là parlait aussi mal anglais que tous les précédents (c’est peut-être ça qui leur plait chez moi, réflexion faite : je parle anglais encore plus mal), il était fatigué et il avait mal à la jambe.
En tout début de consultation, j’ai eu un espoir : il m’a tendu une radio de poumons et un bilan biologique qui avaient été prescrits par le Dr Carotte. Qui n’avait pas ouvert de dossier, bien sûr, ça fait un an que je lui crie dessus pour qu’il le fasse. J’ai déduit que le monsieur devait tousser, et, la radio et le bilan étant normaux, j’ai cru dans un moment de grande naïveté que j’allais pouvoir m’en sortir à bon compte, d’autant qu’il ne toussait plus depuis les antibiotiques. J’ai cru pouvoir dire « Tout va bien, c’est bien, les examens sont normaux, allez, bisous ».
Et puis non, bien sûr.
« Et puis je suis fatigué-fatigué… », il a dit. Et puis il a dit qu’il avait mal à la jambe. J’ai demandé qui était son médecin, qui il avait vu en France depuis son arrivée il y a 8 mois, il a dit qu’il n’avait vu personne et que c’était moi son médecin.
Ma salle d’attente était vide, le bougre était sympathique, et voilà, c’était moi, son médecin.
J’ai ouvert le logiciel à la page « créer un dossier » en ravalant un soupir.

Je lui ai demandé ses papiers d’assurance maladie, j’ai copié son nom, j’ai vérifié que l’AME était toujours valable : jusqu’en Mai 2010.
Soit, allons-y.

Interrogatoire laborieux, examen clinique laborieux. On a bien passé 5 minutes pour que je puisse tester le releveur du pied, et j’ai échappé de justesse à un ou deux coups de pied dans le menton. « Push ! Push ! No ! Not this way ! »
Examen normal, jambe normale, à la surprise générale.
Et puis, à la toute toute fin, quand j’ai voulu finir de remplir le dossier, j’ai dû taper la date de naissance. 23/11/1978.
Pour un type qui ressemblait à lui, je le rappelle.
- Vous êtes né en 78 ? j’ai dit.
- Oui oui, il a dit.
- Vous avez 31 ans ?
- Oui oui.
- Vous, vous avez 2 ans de plus que moi ?
Je ne sais pas bien ce qui m’a pris, moi qui me refuse toujours à répondre à la question trop fréquente des patients sur mon âge. (« Vous avez l’air très très jeune pour être médecin ! » qu’ils s’ébaubissent… « Ta gueule », que je réponds, en me jurant de me raser les couettes)

Oui oui oui qu’il me dit. Et puis il ajoute qu’il a une disease qui lui fait des cheveux gris.
Au bout de deux fois la disease qui blanchit les cheveux, j’ai dit : « Bon. »

Et puis, dans mon anglais terrible, j’ai commencé une longue tirade. J’ai essayé de dire qu’on ne pouvait pas travailler comme ça. Que s’il voulait que je sois son médecin, je voulais bien, mais que ça ne pouvait pas fonctionner de cette façon là. Qu’il fallait que je connaisse son âge, qu’il fallait qu’il ait deux fois le même nom pour que je puisse retrouver son dossier et savoir ce qu’on avait déjà dit et fait. Que le bilan n’était pas urgent, et qu’il pouvait revenir me voir une fois qu’il aurait ses papiers, qu’il pouvait demander l’AME pour lui, et que quand il reviendrait, il faudrait qu’il me donne son vrai nom, qu’il faudrait qu’il me redonne le faux nom auquel on avait ouvert le dossier, et qu’on remettrait tout ça à plat.
Et pendant ce temps-là, pendant que je lui expliquais pourquoi je n’allais rien lui prescrire, qu’il n’aurait pas d’examens ni de médicaments tant qu’il n’aurait pas ses papiers, pendant, qu’en somme, j’étais en train de le mettre à la porte, pour la première fois depuis le début de la consultation j’ai senti qu’il devenait vraiment mon patient et que je devenais vraiment son médecin.
Merci merci merci, il a dit. Plein de fois.

Bien sûr, il n’avait pas de quoi payer la consultation, en dehors de son faux-papier.
Et puis une fois qu’il a été parti, je me suis retrouvée devant la copie de son AME et ma feuille de soins.
J’ai passé 30 minutes avec lui, j’ai fait mon taf, j’ai fait une vraie putain de consultation. Davantage, peut-être.
Je méritais mes putains de 22 euros, et je pouvais me les faire payer en disant à la sécu que j’avais fait, ce jour-là, une consultation pour un pakistanais né le 23 novembre 1978.

Qu’auriez-vous fait ?

Nougat et tartinettes

13 octobre, 2009

Âmes aguerries et vomisseurs de bons sentiments s’abstenir, je vais faire un post à l’eau de rose et l’assumer.
Ca va dégouliner de guimauve et de barbes à papa. A ceux qui supporteraient mal les barbes à papa à lire, j’ai d’autres suggestions d’utilisation moins romantiques mais passablement rigolotes pour donner le change.
Mais j’en ai un peu marre de vous raconter mes foirades et mes échecs.
Bien sûr, c’est plus facile de parler de mes doutes. C’est plus culotté, c’est plus blockbuster, c’est plus sensationnaliste.
Alors que mes fiertés, mes petits bonbons glanés à droite à gauche, c’est moins spectaculaire. Parce que c’est plus démago, déjà, et parce que c’est plus discret. Je ne contiens pas des hémorragies en clampant des aortes à mains nues avec les dents, alors ça en jette moins qu’un bon gros aveu de mauvaiseté.
Mais quand même, ça compte.

Avant-hier, j’ai reçu Emma, 18 mois, toutes ses dents et surtout tous ses pieds, qu’elle me balançait gaiement à la figure dès que j’étais dans le périmètre le permettant. La mère s’excusait : « C’est tout le temps comme ça, depuis sa bronchiolite, même le Docteur Cerise n’arrive plus à l’approcher ».
Une furie. Je ne suis pas mauvaise pour amadouer les gamins, mais celle-là était enragée que Chucky à côté c’était Princesse Sarah.
Il était 15 heures et j’avais une seule personne dans ma salle d’attente. J’ai remonté mes manches et j’y suis allée.
A 15h40, elle penchait la tête vers la gauche pour me laisser voir son tympan droit dans un calme Baudelairien.
A 15h42, elle mettait elle-même le baton dans la bouche la plus grande ouverte du monde. 

Il y a deux semaines, j’ai revu ma mauvaise patiente de 19 heures.
Parce que la fois dernière, quand même, à la fin de ma consultation j’avais eu le temps de me dire dans ma tête tout ce que vous ai dit dans mon post plus tard. Je lui avais dit que j’étais désolée, mais qu’elle méritait que je prenne plus de temps avec elle parce que son cas était compliqué, et qu’il fallait qu’elle prenne rendez-vous, et qu’elle ne pouvait pas débarquer comme ça à 19h si on voulait faire du bon travail. Elle m’avait fixé de ses yeux hagards et elle avait bavouillé un vague mot.
Et contre toute attente, elle a pris rendez-vous le vendredi suivant.
Contre toute attente encore, elle est arrivée presque à l’heure. Sept minutes de retard, mais comme j’avais bloqué 2 rendez-vous pour avoir le temps, ça n’a pas été trop pénalisant.
Je lui ai dit « Merci d’avoir pris rendez-vous ».
Elle a dit « C’est moi qui vous remercie ».
Et on a fait du bon travail.
Je pense qu’elle a un cancer et que son fils lui cogne toujours dessus, mais cette fois on a avancé.

Avant-hier, j’ai reçu la mère de M. Paty, que je n’avais plus revu depuis plusieurs mois.
M. Paty était venu dans le cabinet du Docteur Cerise parce qu’il n’en pouvait plus d’avoir mal au ventre depuis des années. Il m’avait raconté son désespoir grandissant devant les examens toujours normaux, les médecins de plus en plus indifférents et sa révolte contre tous ceux qui lui répétaient qu’il n’avait rien et tous les médicaments qui ne marchaient pas. Le dernier médecin, aux urgences, lui avait collé du Xanax qu’il n’arrivait plus à arrêter.
J’avais décidé que lui, ce serait mon premier colopathe à moi. Ca s’y prêtait pour la première fois de mes remplacements : un nouveau patient, une première prise de contact. Pas un à-moitié déjà suivi par un autre qui me voyait parce que cette fois il n’avait pas pu faire autrement que venir un vendredi. Un vrai patient à moi que je pouvais m’approprier et avec qui je pouvais commencer un partenariat.
Je l’avais revu souvent au début, parce que je le faisais revenir. Une ou deux fois par mois. On a causé. On a causé plein. Au troisième rendez-vous, il avait accepté l’idée qu’on ne ferait pas plus d’examens complémentaires. Au quatrième, il avait un peu moins mal au ventre et il avait réussi à diminuer le Xanax. Au cinquième, il avait encore un peu moins mal au ventre, mais le Xanax ne diminuait plus. Au sixième, statu quo.  
Et puis il n’était plus venu.
Je m’étais dit ce que je me suis souvent dit : « Tu es trop enthousiaste, tu t’impliques trop. Alors quand ça commence à foirer, les gens ne viennent plus parce qu’ils ne veulent pas te décevoir. Ils ont échoué à guérir et ils ne veulent pas t’imposer ça. A trop en faire tu as perdu le lien. »
Je m’étais dit qu’il avait rechuté et qu’il était parti tenter sa chance ailleurs, avec un médecin moins culpabilisant de bonne volonté.
Et avant-hier, donc, j’ai vu la mère de M. Paty, qui m’amenait sa fille. A M. Paty. La petite-fille de la mère, donc. Bref.
Je n’ai pas fait le lien, et j’ai fait la consultation de la gamine.
Sur le pas de la porte, en me serrant la main, Mme Paty a marqué un arrêt.
« Vous avez fait beaucoup de bien à mon fils », elle a dit.
Elle a dit : « Il attendait ça depuis longtemps. »
En fait, M. Paty ne venait plus parce qu’il est guéri. Il a arrêté le Xanax, et quand il a mal au ventre, il se concentre pour que ça passe et ça passe. Des fois, il prend quand même un Carbosymag, mais pas souvent.
Et putain, j’ai fait ça avec ma bouche et les mots qui en sont sortis. Sans médicaments, sans examens, sans spécialiste. Ma bouche et mes oreilles.
Ca ne m’était pas venu à l’esprit que peut-être il ne venait plus parce que tout allait bien.

Régis et l’infanrix

9 octobre, 2009

Courrier des lecteurs.

Cher Régis,

Tu as été bien étourdi. Même si tu as eu 23 patients sur l’après-midi, même si tu étais fatigué d’écrire « C’est pas la grippe » sur un bon tiers des dossiers que tu as ouverts ce jour-là, ce n’est pas une excuse :  il FAUT mélanger la poudre avec l’eau dans la piqûre avant d’injecter un Infanrix Quinta.
Je te félicite néanmoins d’avoir su résister à la première tentation qui t’es venue devant le petit flacon encore rempli de poudre de le mettre rapidement à la poubelle en sifflotant Le pont de la rivère Kwai. Tu t’es jeté à l’eau, tu as dit à la mère : « Il y a un problème » et tu as bien fait.
Bien sûr, c’est embêtant que tu n’aies su répondre à aucune de ses questions après, et je comprends que tu te sois senti bien abandonné du Dieu Google en ne trouvant aucune réponse pertinente aux recherches « Infanrix non reconstitué » et « Erreur injection Infanrix » que tu as fébrilement pianoté sur ton ordinateur en essayant de faire semblant de garder une conversation normale sur un ton professionnel.
Mais tu as bien fait de te tourner vers moi et je vais aujourd’hui m’efforcer de répondre à tes questions.

- Non, tu n’as pas injecté au petit un soluté mortel en l’absence de reconstitution, et non, sa cuisse ne va pas se transformer en amas de chair gangrénée et putréfiée sous 48h. Je sais bien que c’est ce que tu as lu dans le regard de la mère, mais ça ne va pas arriver.
- En fait, mon petit Régis, tu as ré-inventé l’Infanrix tétra. Figure-toi que dans la poudre, il n’y a que l’Haemophilus, alors que dans l’eau de la piqûre, il y a tout le reste. C’est comme si tu avais injecté un diphtérie-tétanos-coqueluche-polio, donc. Tu vois, 4 vaccins réussis sur 5, ce n’est pas si mal !
- A ce stade de cette instructive lecture, tu dois te demander comment rattraper les choses. Et bien j’ai une bonne nouvelle : le vaccin monovalent pour l’Haemophilus existe ! Je sais, c’est une surprise, tu n’as bien sûr jamais eu l’occasion de le croiser et tu te demandes pourquoi diable il existe alors que le vaccin monovalent pour la coqueluche toujours pas. Mais la vie est ainsi faite, et recèle parfois d’heureuses coïncidences.
Il s’appelle Act-Hib et tu vas pouvoir le faire au petit d’ici 2 ou 3 jours.
- Oui, Régis, tu peux le faire sur le même site d’injection que le reste du vaccin, ce n’est pas un problème, la dame de la pharmacovigilance de Glaxo est formelle. Elle m’a d’ailleurs gentiment demandé de te dire que tu n’étais pas le premier à qui cette mésaventure arrivait. Qui sait même si ce n’est pas pour les petits distraits comme toi que l’Act-Hib a été spécialement prévu.
- Un conseil d’amie : si par miracle la dame n’a pas déjà changé de médecin traitant, n’oublie pas de faire l’injection de rattrapage en Acte Gratuit. Le petit va quand même se cogner 3 piqûres douloureuses au lieu de 2 et se mettre à pleurer dès qu’il franchira le seuil de ta salle d’attente pour les années à venir, tu leur dois bien ça.
- Non, Régis, le vidal n’ayant pas encore de rubrique phonétique, je ne sais pas si tu dois demander au pharmacien de commander du Act-hache-hi-bé ou du Actib. Tu n’as qu’à lui faxer l’ordonnance en sifflotant Le pont de la rivière Kwai.

J’espère que cette réponse t’a aidé, sois plus vigilant les prochaines fois ! 
La semaine prochaine, nous aiderons Régis à ne pas demander à ses patients qui préparent un voyage à Cuba dans quel pays c’est déjà.

Allez, parce que j’aime pas bien que le premier post qu’on lise en arrivant ici soit le suivant, parce que Lala l’a gentiment demandé il y a déjà plusieurs mois, parce que ça s’accumule, et que du coup, je vous préviens, c’est long :

Catégorie « Ils sont venus me faire coucou gentiment », et c’est bien naturel que je réponde :

- ah mais oui mais non non non salu jaddo
Salut :) Lithotypographie lithotypographie lithotypographie !! 
- jaddo t’es là?
Bin non, pas trop, non…
- google c’est le mail de jaddo
J’avoue…
- jaddo a dressé mon ours
Oh.
- jaddo petit coucou d’une fidèle pas dresseuse d’ours mais interne de santé pub
Coucou !
- jaddo je veux etre dans les stats et j ai retenu la date de mes règles!
C’est fait ! Et c’est bien, bravo. Vraiment.
- amoureux de jaddo est trop fort
Oui, je sais :)

- jaddo, j’adore.
Coucou ! Merci !
-jaddo c’est la plus belle
Coucou ! Merci !
- spéciale dédicace à la dresseuse d’ours!
Coucou ! Merci !
- jaddo, une des meilleurs médecins blogueuse de la toile
Coucou ! Merci !
- jaddo fait des choses pas nettes avec les ours
Coucou ! Toi-même.
- jaddo rrr fumer ça fait tomber les couettes
Coucou ! Toi-même.
- faire tourner jaddo dans un film porno avec des infirmières
Coucou ! Toi-même.
- arretez de delirer jaddo
Oui, ok, oui, je veux bien.

Catégorie « Ils sont venus me faire coucou », et ils inventent la drague via recherche Google :

Sous catégorie « Trop mignon » :
- j’aurais vraiment (d’ours) grand plaisir à (ours) boire un café avec vours
- juste (ours) comme ça (ours) juste une fois, pour (ours) un café-couettes

Sous catégorie « Moyen mignon » :
- je fantasme sur les couettes de jaddo
- site:jaddo.fr jaddo je t’aime, fais moi des enfants. maintenant.

Catégorie « Ils sont venus me faire coucou », et ils se posent de drôles de questions :

 - tu pars où en vacances cet été jaddo ?
Je sais pas.
-jaddo a t-elle vraiment des couettes 
Ca dépend des fois.
- qui est jaddo
C’est moi.
- qui est le docteur rrr juste avant dresseuse d’ours
Bin c’est moi. Vous avez de drôles de questions.
- avis consommateurs sur jaddo
Je veux bien des retours.

Catégorie « Les ours,  on sait toujours pas combien il en reste dans le monde, et maintenant on se pose d’autres drôles de questions. »

- probleme d’ours malade perd ses poils docteur d’ours
- probleme d’ours malade qui a un oeil jaddo
- pour rassemblé les bras des ours
- les histoires d’ours finissent mal en général
Elles aussi, hélas.
- coment dessiner une tete d’ours gratuit
-combien reste t il d’ours dans mon bol ?

Catégorie « En médecine aussi on se pose des drôles de questions » :

 - prise tension arterielle le brassard serre parfois plus que d’habitude
Voilà qui est diablement intrigant. Ce doit être un complot.
-mon labo prend 2 fois plus sang que mon ancien labo
Quand je vous le disais. Complot !
- j’ai accoucher à lariboisiére et j’ai pas payé qui à payé pour moi
Complot, complot, complot !
- comment faire croire au docteur que l’on allaite
Des complots partout.

- obligation du médecin généraliste de se déranger si j’appelle en fin de consultation
Manquerait plus que ça.
- comment appelle ton un docteur pour les verrous sur tulle
Un verrous-sur-tullologue. Mais c’est comme oto-rhino-laryngologiste, personne ne dit ça, c’est trop long. On dit « Docteur, il me faudrait un papier pour aller voir mon tullo. »
- taille d’une fille apres les regles
Ca dépend de la quantité de sang qu’elle a perdu.
- doit je faire la priere j ai mes regle depui 9jours
Attention tu vas devenir toute petite !

- les cordonnier de medecin qui font methode pour choisir le sexe de bebe
Une méthode bête comme ses pieds ?
- comment obtenir un compte rendu d’hispotalisation
Avec les cordonniers de l’hôpital.
- comment faire pour regarder motus
Suffit de se faire hispotaliser.

- qui sont les gens qui ne peut pas apprendre les antibiotique
Moi !!
- opérations d’un bébé de 9 moi d’un air de yeux
Ca sent les herbes, et vraiment, je ne trouve pas, et je suis vraiment curieuse de savoir. Si quelqu’un a une idée…  
- comment regler un probleme d’erection avec du sel?
Essayez + citron + téquila

- peut-on etre enceinte a partir d’un pinceau
Le plus souvent, c’est pas comme ça qu’on le fait.
- quand prevoir une grossesse apres une amygdalectomie
Le plus souvent, c’est pas par là qu’on le fait.

 

Catégorie « Je dépose des questions sur l’autel de Dieu-Google, je mets des bougies autour du PC et j’attends une réponse » :

 - comment ce dit le rhinocéros déshydrater en anglais?
Dehydrated rhinoceros ?
- c dangereux 1 petit grain de beauté c normal qui pent ??
Les enceintes vibrent, l’écran devient sombre, la voix sourde de Google résonne…
- si j ai fini 6 secondaire apres c’est quel classe
- lentille dieu du travail je merite nettoie ta merde?
Même Google n’a pas compris la question.

- que veut dire peu probable
Mmm. Ca veut dire « peu probable ». Je ne vois pas quoi te dire d’autre.
- mon amour méme t’il vrément
Je sais pas mais tu mérites pas.
- c pa grave ma belle ben j’espere ke t’as bien terminé l’examen
Ok on lui transmettra.
- femme attachee disant mmmmmm
Voilà enfin une recherche précise. Les femmes attachées disant « mmmmmm ». Pas « Mmm » ni « Hmmm », attention.

Catégorie « Ca va mieux en le disant » :

- les femmes enceintes font chier
- la beuh c est pour les geeks
- j’ai couché avec mon chef de service
- oups j’ai baisé la femme de menage
(J’ai glissé)
- dupagne coup de pied au cul

Catégorie « Gneu ? » :

- dresseuse a macaron moins cher
Par là.
- la case du cas n’est pas couché
Nous non plus.
- les nouvelles tendances en soins intensifs aux externes et oui
Et oui !
- merci pour votre attention mai moi je demande rien juste une simple amitie
Ok.
- il est tombé, ceci dit savon
Mmm…

- en voyant comme im a collé ici et votre collé là a juste cru que je dirais bonjour dans le français cette fois et vous verrais quand je rentre
Okaaaaaaay…
- attise tes desirs pour 15 euros le quart d’heure + vis ma vis
Visse ma vis ? Petit coquin, va.
- une femme qui n’est pas emmerdante c’est comme si elle avait un beau cul brassens
Mmm. Je crois que t’as pas tout compris la chanson. Je te la remets, écoute attentivement, et jusqu’au bout. Cette vidéo c’est du bonheur en barre :


elles m’emmerdent – (misogynie à part)
par jaydooy

 

Beyrouth.

26 septembre, 2009

En fait, j’aime pas les malades.

J’aime bien les gens en bonne santé. J’aime bien les jeunes de 32 ans avec leurs biceps et leurs sourires et leurs certificats de Taekwondo. J’aime bien les femmes enceintes qui viennent parce qu’elles sortent de leur tête à tête avec leurs deux lignes roses dans la salle de bains, et qui m’écoutent à peine, parce qu’elles sont pleines d’images d’avenir. J’aime bien les certificats de bonne santé, j’aime bien les jeunes, j’aime bien les vaccins.
J’aime bien donner des conseils pour moucher le petit et passer vingt minutes à expliquer qu’il faut s’essuyer d’avant en arrière pour éviter les cystites.

Les malades sont nuls. Ils puent la souffrance et la peur, ils me vident de mon énergie, ils m’aspirent, ils m’effraient.
Ils sont un trou noir. Comme d’effroyables petits Shadoks : ils pompent, ils pompent, ils pompent, alors que j’ai si peu d’énergie à moi.
Ils ont mal et je ne suis pas une fée, ils veulent vivre alors qu’ils vont mourir, ils veulent comprendre et ils ne comprennent rien, ils ont peur et j’ai peur avec eux, ils ont mal et j’ai mal avec eux. Je n’ai pas tant d’énergie à donner, je n’ai pas assez de force vitale pour tous, et j’en crève.

Sauf les bons malades, que je peux supporter.
Le bon malade est poli. Il arrive à l’heure à son rendez-vous, il me dit bonjour Docteur avec un D majuscule. Il a mal avec le sourire, il affronte sa maladie le dos droit. Il m’écoute avec des grandes oreilles, il hoche la tête et il me fait des compliments sur ma façon d’expliquer les choses. Il pose des questions auxquelles je sais répondre, et il comprend les réponses. Il sait bien que je ne suis pas une fée, il me donne du Docteur à chaque coin de phrase et il m’écoute en silence.  Il ne se plaint pas. Il est reconnaissant du peu que je fais pour lui, il accepte les examens, il accepte les incertitudes. Quand je lui propose un traitement, ça marche bien. Il n’a pas d’effets secondaires et le traitement fonctionne. Ou, si ça ne fonctionne pas, il me le cache parce qu’il sait qu’il me doit bien ça.
Le bon malade guérit. Il a une maladie bien propre, bien carrée, que je comprends et que je connais, et pour laquelle j’ai des médicaments qui marchent dans mes tiroirs à médicaments.

La mauvaise malade débarque à 19h sans rendez-vous, avec ses yeux de cocker battu et sa souffrance qui empeste  ma salle d’attente. Elle a huit maladies graves en même temps qui se battent pour savoir qui aura raison de ce corps chétif, elle est idiote, elle me fixe de ses yeux hagards et elle se fait frapper par son fils. Elle n’a pas pris les médicaments parce qu’elle n’avait pas de sous, elle n’a pas le compte-rendu de l’hôpital de sa dernière hospitalisation, elle ne comprend rien et elle a mal partout. Elle ne pose pas de questions parce qu’elle est trop bête pour en poser, elle ne sait pas répondre aux miennes, elle est sale et elle a les dents grises, elle boite sans que je sache pourquoi, avec sa béquille qu’aucun des antécédents notés dans les jolies cases de son dossier ne justifie.

Et alors que je suis capable de passer 35 minutes avec une jeune fille belle et enceinte, je raccourcis tout ce que je peux la consultation avec elle. Je botte en touche, j’envoie au diabéto, j’envoie au cardio, j’envoie au centre anti-douleur. Je lui parle mal, je l’engueule parce qu’elle devrait bien savoir que le vendredi c’est sur rendez-vous, je secoue la tête en soupirant quand elle ne sait plus quel médicament on lui a donné à l’hôpital, je rédige la lettre pour le diabéto en quatre longues minutes de silence. Je ne souris pas, jamais. Je ne demande pas si son fils a arrêté de la cogner parce que j’ai trop peur de la réponse.

Je suis médecin depuis deux jours et demi, j’ai vingt-huit ans, et je ne supporte déjà plus les gens malades.

Quand j’étais petite, je voulais être dresseuse d’ours.
Pas « fée ».

Qu’on ne se méprenne pas, je n’ai rien contre les fées. C’est une catégorie socio-professionnelle comme une autre, et il n’y a pas de sot métier. Même si, pour les connaisseurs, il y a des métiers avec un seau.

Et pourtant, parfois, les gens me prennent pour une fée. 

Quand ils ne peuvent VRAIMENT pas se permettre d’être malades. 
Mais aussi parfois sans raison valable évidente.
L’autre jour, une patiente, la soixantaine, qui ne pouvait pas venir la veille voir le docteur Carotte parce qu’il n’y avait personne pour garder Bichon, m’explique les affres de son panaris. Une gangrène gazeuse, à l’entendre.
Elle me raconte les cris d’horreur du médecin qui l’a vue en vacances, le traitement « de cheval » qu’il a jugé indispensable de mettre en route immédiatement et l’évolution des choses depuis.
Bonne, l’évolution, visiblement, si j’en crois l’index qu’elle me brandit sous le nez. C’est encore vaguement rose foncé sur le côté, là où une écharde grosse comme une poutre et acérée comme une dague a bondi pour s’y planter violemment il y a trois semaines, et c’est encore un peu sensible quand elle appuie. Pour ce que j’en dis, l’a qu’à pas appuyer.
Bref, elle m’annonce solennellement :  « Tout ce que je demande, Docteur, c’est qu’il n’y ait plus rien dans deux semaines. »
Je me gratte le menton. Je décide de ne pas lui mentir : « Si vous voulez être absolument certaine qu’il n’y ait plus rien DU TOUT dans deux semaines, il faut couper ».
Comme je le pensais, le second degré de Madame est resté à la maison avec Bichon. Ses traits se durcissent, et elle me précise : « C’est que je dois partir en vacances en Corse. Et vous connaissez l’état du service de soin en Corse, je suppose ? Il est hors de question que j’y parte dans cet état-là, il faudrait que j’annule mon voyage. »
Elle part pas au Congo avec une cholecystite, hein, elle part en Corse avec une fin de panaris.

Je lui ai dit de poursuivre les soins locaux. Une semaine plus tard, le secrétariat laissait au Dr Carotte le message suivant : 
Mme X. A rappelé. Souhaite un rdv ce 18/08. A annulé son voyage. Précise que son doigt est très enflé et douloureux. Précise que le traitement n’a fait aucun effet. Nous l’avons informée que vous ne rajoutez plus de rdv ce jour, 18/08. Ne souhaite pas prendre de rdv avec Dr Rrr. Par ailleurs demande que vous lui établissiez une ordonnance pour faire une radiographie.

 Dans les épisodes suivants, si vous êtes sages, je vous raconterai les fois où je me sens coupable de ne pas être une fée.