07 mars 2010
La faculté 2.0
Plantons le décor : Soir de conférence, 19 heures et des brouettes, un amphi plein de D4 à trois mois du concours de leur vie.
Bon, d’accord, de l’UN DES concours de leur vie, ok.
Parmi ces D4, cher lecteur, est présente incognito une journaliste d’investigation hors du commun, j’ai nommé ta narratrice ici présente. Me (non, pas meuh ! « Mi », in ingliche !). Je me la pète si je veux, à trois mois des ECN on a tous les droits sur son propre blog, non mais.
Comme ces D4 ne sont pas parisiens, on leur a répété plus souvent qu’à leur tour qu’ils étaient nuls et que leur cerveau n’était pas formaté pareil, alors ils ne stressent pas trop. Non, je blague. Ils stressent à mort. Ils ont même dépassé le stade du stress, et au-delà de ça, il y a une vaste plaine de travail épuisant et de science sans conscience et ruineuh de l’âme. Mais je m’égare.
A M-3, donc, comme disent les intimes (moi je préfère J-90, ça fait plus classe), un professeur rentre en amphi. Tout ce qu’il y a de plus pro, la petite mallette, le sourire sympathique, le dynamisme du jeune prof’ qui a réussi.
Il sort de sa valise des petits boitiers gris, du même type que l’appareil qu’on te met dans les mains pour passer le code. Siii, le code, y’a une éternité, LE truc à avoir avant le permis pour conduire la voiture de ta mère, quand tu avais de l’acné, le BAC a passer, et que tu ne mesurais pas ta chance d’être en pension complète chez des parents qui te saoulait trop à mort. Bref, une télécommande avec neuf numéros et un bouton « entrer ». Même pas belle, même pas plus sophistiquée que ça.
Il n’y en a pas pour tout le monde, évidemment, ça a déjà coûté une fortune pour en obtenir 50, nous informe le jeune-prof-dynamique (nous sommes 500 D4. Répartis en trois groupes. Je laisse les math sup’/math spé’ compter pour nous).
Et avec ça, nous allons donc pouvoir répondre à de merveilleux QCM. Vous savez, les petites Questions à Choix Multiples qu’on nous donnait en pâture au concours de première année et contre lesquelles la plupart d’entre nous a développé une allergie sévère. Oui, tu as bien lu, des QCM dans la préparation d’une épreuve entièrement rédactionnelle pour laquelle on nous répète (quand on ne nous dit pas que nous sommes nuls), que nous manquons de méthodologie dans la composition.
De merveilleux QCM, donc, pour rentabiliser cette heure et demi que ce grand professeur, au sommet de sa discipline, aura daigné passer aux côtés de ses étudiants.
De merveilleux QCM surtout, sur une version test du logiciel que nous inaugurions ce soir-là. Parce qu’en plus de nous faire une conférence complètement inadaptée, c’est mieux si on sert de cobaye, on n’a vraiment que ça à faire.
Je ne sais pas toi, cher lecteur, mais moi j’appelle ça du foutage de gueule. Eh ouais, même pas peur des mots ! Brisons les tabous sur ce blog, telle est ma devise. Hum.
Je me permets donc de m’étonner, voire de m’insurger - ne craignons rien - qu’un professeur, si grand soit-il, ne prenne pas le temps de se renseigner sur le mode d’examen de ses étudiants. Ou même, soyons fou, de chercher à connaître leurs demandes et leurs besoins avant de se lancer dans une expérience certes amusante mais aussi coûteuse que peu convaincante. Je sais, je suis candide, naïve, pleine d’illusions, mais franchement ce serait quand même le minimum.
Vive l’époque moderne "Deux point zéro" où les étudiants z’et professeurs sont deux fois plus nuls, ensemble ! Vive l’enseignement 2.0 où les professeurs n’auront bientôt plus besoin d’être là pour répondre aux étudiants, l’ordinateur pourra s’en charger.
Et vive la faculté 2.0 où les étudiants arrêteront de râler sur leurs conditions de travail, leur B.U., leurs cours, leurs stages, leurs profs… Sont pénibles à jamais être contents, aussi!
03 mars 2010
Le deuxième homme de ma vie
Cher
lecteur, cher lectrice, cher co-D4 qui s’est perdu sur internet (veux-tu donc
retourner au boulot s’il te plait !),
J’ai enfin fini mon premier tour, et le mois de mars est à peine arrivé avec ses concours blancs qui fleurissent au début du printemps, j’ai donc juste le temps m’offrir une pause et en profiter pour te raconter le grand évènement qui a bouleversé mon quotidien.
Me voici
donc depuis peu avec deux hommes qui partagent ma vie.
Le premier, j’ai
déjà du t’en parler, est le meilleur des cowboys des services d’urgence et a
trouvé un poste de vrai médecin hospitalier à côté de la mer. Quand il s’ennuie
il va même se faire balader par un hélicoptère, un petit hélitreuillage au
dessus des vagues avec le soleil en arrière-plan. Y’a pas, les cowboys, ils ont
la classe en toute circonstance.
Le
second pèse 3 kilos et des poussières. Et non, je n’ai pas accouché, je réserve
ça pour pouvoir prendre mon congé maternité au milieu d’un stage tout pourri
quand je serai interne, histoire de faire rigoler mes collègues ! Non,
c’est une boule de poil noire avec des moustaches blanches, qui se prend pour
un tigre mais qui n’est qu’un chaton. Le pauvre… Encore que ce ne soit pas le
traumatisme de sa vie : il a été élevé pendant trois mois comme une fille.
Il ne doit la reconnaissance de son statut qu’à un gentil vétérinaire (qui a mis
ton interlocutrice ici présente dans un embarras bien profond, mais ça, le chat
n’avait pas l’air de s’en soucier). Je n’ai en effet pas l’habitude qu’on me
dise : « Ah, Madame (mademoiseeeeelle !), on a un
problème ! » « Mmmh, oui ? » « Vous voyez ceci,
c’est un pénis. »
Bon. Une
fois le traumatisme passé vint le temps de l’éducation.
Vous me
croirez ou pas, mais j’ai une capacité à imiter le cri du chat en colère hors
du commun. C’est en tout cas ce que doit se dire la bête lorsque je lui crache
dessus, à une fréquence que la décence m’interdit de donner. Car il adore venir
se coucher sur mes cours, attaquer mes fiches toutes griffes dehors, attaquer
mes sous-colleuses, attaquer mon homme quand il fait la cuisine. Bouffer tout
et n’importe quoi, y compris du savon. Ou des punaises. Piquer un sprint
jusqu’à la fenêtre, poste d’observation idéal, en envoyant tout valdinguer sur
son passage. Ramener de la litière sur le tapis, de préférence quand je viens
de passer l’aspirateur. Sortir ses griffes sur mes collants. Mettre ses pattes
dans mon thé, puis se secouer sur mes cours. Hurler à la mort si j’ai le
malheur de le laisser jouer tout seul. Ou d'aller aux toilettes.
Rarement vu un bestiau aussi con, heureusement qu'il est mignon.
Évidemment,
pour la préparation au concours, j’aurais pu trouver meilleur outil. Genre un
truc qui ne gratte pas à la porte de la chambre à son réveil, vers cinq heures
du matin. Ou qui ne me fasse pas découvrir les joies du
balai/serpillère/machine à laver (pas de mention inutile) à toute heure du jour et
de la nuit. Un matou qui n’utilise pas cette méthode de sioux de faire pipi à
côté pour me signifier que la litière de Monsieur est trop sale à son goût. Qui
ne coûte pas un rein à chaque passage de routine chez le vétérinaire. Ou qui ne
m’oblige pas à changer douze fois de méthode éducative en trois semaines (vivement
les gosses…)
On aurait du me prévenir, j’aurais signé pour un poisson rouge… Mais un qui ronronne, alors !
P.S. : Les liens vont ici : www.maliki.com, que j'ai découvert via Le Laryngophone. Merci à lui, et j'espère que vous apprécierez autant que moi !
18 février 2010
"Car c’est en cognant nos enfants et en ayant peur d’eux que nous construirons la France de demain"
Bonjour bonjour,
Je bosse "grave", je "taffe" sévère, je m'abrutis à mon bureau MAIS je n'oublie pas de lire ce que racontent des gens intelligents sur le sort qu'on réserve aux enfants dans notre pays. Je vous rappelle que je veux être pédiatre, pour les deux du fond qui auraient oublié, et ces temps-ci les histoires se multiplient (j'avais écrit "tristes", mais certaines sont tellement aberrantes qu'on a même le droit d'en rire) ...
C'est Kaliuccia qui a m'a mis la puce à l'oreille avec son histoire qui "lui troue le gruyère" : Un gosse en fait tomber un autre dans la cour de l'école, et il se retrouve en garde à vue car : la victime est mineure de 15 ans puisque c’est
un camarade de classe qui n’a pas encore fêté son anniversaire, et les
faits ont eu lieu à proximité d’un établissement d’enseignement : deux
circonstances aggravantes, donc cinq ans encourus, art. 222-13, 1° et 11° du Code pénal.
Avis à la population : désormais, bousculer un camarade dans la cour de
récréation, c’est deux heures de colle ET cinq ans de prison.
Je vous laisse donc lire :
- Deux heures de colle et cinq ans de prison chez Le Galetas,
- Le billet de maître Eolas dont il est tiré, et le titre de cet article par la même occasion
Si le sujet vous intéresse, allez lire les longs articles de ce blog sur les droits des enfants :
Il écrit par exemple à ce sujet : "Bref il y a le
feu au lac. On est à deux doigts d’un nouvel épisode de la guerre
police-justice dont on sait à qui il profitera.
Ce n’est pas être
exigeant ni anti-policier que de veiller à réduire le recours à la garde à vue
quand d’autres dispositifs existent. A qui fera-t-on croire qu’il faut aller
interpeller des adolescentes de 14 ans au collège ou chez elles, quand une
convocation suffit à les faire venir au commissariat, pour les auditionner dans
une affaire d’une gravité telle qu’elle débouche au final sur une convocation
devant le procureur de la République pour un « simple « rappel à la
loi ?"
Si je ne vous ai pas encore perdu à ce stade du billet, il faut que je vous montre un dernier lien. C'est une de ces situations qui me choquent tellement que je ne sais pas comment réagir et j'aurais dû vous en parler bien plus tôt : La mobilisation de la cimade contre le camp de Mesnil-Amelot, qui devrait entre-autre accueillir des enfants.
Promis, la prochaine fois que je sors la tête de mon travail, c'est pour vous parler de trucs plus rigolos.
08 février 2010
Trois p’tits tours et puis s’en vont
Je n’ai
pas encore eu l’occasion de vous familiariser avec le vocabulaire propre aux
énergumènes de mon espèce, j’ai nommé les D4 (ceux qui préparent le fameux
concours de fin du deuxième cycle d’études de médecine pour ceux du fond
qu’auraient pas suivi).
Comme
dans le reste de la médecine, il existe un langage codé qui ne peut être
compris qu’entre congénères, auquel je vais tenter de vous initier aujourd’hui.
Commençons
par un exemple concret. Si je dis : « Je n’ai pas encore fini
mon premier tour », là, à la date d’aujourd’hui, vous devez prendre un air
parfaitement effrayé (si vous êtes sympa), ou bien condescendant (la pauvre,
elle n’aura jamais ce qu’elle veut à l’internat), ou bien encore ravi, mais
seulement si vous êtes un autre D4 (ça vous fait un concurrent de moins).
Parce que les tours, ce sont les révisions de nos 345 items. Un premier tour
réglementaire étant programmé jusqu’à fin décembre, un second tour jusqu’en
mi-mars, et un dernier tour, dont seul le nom donne des frissons aux plus
courageux d’entre nous, juste avant l’épreuve finale.
Vous l’aurez
compris, les tours régissent notre emploi du temps, nos révisions, notre vie en
somme. Et je suis grave à la bourre. Mais ça, c’est pas nouveau.
Qu’y
a-t-il d’autre ? Ah, les mots-clés. A première vue, ça a l’air banal, un
mot-clé, tout le monde sait ce que ça veut dire. Prononcez seulement ce nom
devant un D4 et vous verrez son regard se perdre et ses neurones se mettre en
branle : le mot-clé, c’est sacré. C’est LE mot qui vaut des points au
concours, le seul l’unique, celui qu’il faut mettre. Que si t’as tout compris
et que tu mets pas ça, tu l’as dans l’os. Que si t’as rien compris à la
question mais que tu tombes sur le bon mot-clé, c’est jackpot pour toi, tu
gagnes 50 places. Au bas mot.
Et il y
a son ennemi juré, le PMZ. Ahah, enfin un acronyme, sans lequel ce lexique
serait bien peu représentatif de notre jargon médical (je vous a déjà raconté,
l’histoire de l’AVP VL/PL TC PC OH +, GCS 6, IOT-VM-SSR, TDM : HED ?
De la MAP G4P2 (ATCD 1 GEU) + RPM > 12h, 33 SA, Rh-, CU / 5mn, RCF ok, T°
37,5, CAT : Scope TA/Sa02, VVP, CTCD, tocolyse ? Vraiment ?)
Bref, les Pas Mis Zéro, comme leur nom l’indique, sont les choses qu’il ne faut
surtout pas oublier sous peine de mort violente et douloureuse zéro à la
question. Tu peux avoir répondu tout juste, savoir exactement comment soigner
cette plaie de la jambe, et c’est perdu : tu as oublié la vaccination contre
le tétanos, c’est retour à la case départ sans passer par la case « amphi
de garnison ».
Il
faudra que je vous raconte ça aussi : l’amphithéâtre de garnison et tout
le déroulement de nos choix, après l’ECN, une fois qu’on a fini et que tous nos
efforts sont récompensés par un superbe classement. C’est que rien que ça, ça
mérite le détour : tu lis ces mots et innocemment, tu penses à un
amphithéâtre, dans une fac, avec sa forme d’amphi, ses étudiants, et tour le
bazar. A la rigueur tu te demandes ce que garnison vient faire là, mais bon. Et
bien en fait, t’as tout faux, on nous entasse par tranches de 700 dans une
grande pièce rectangulaire (tout ce qu’il y a de moins amphithéâtresque, quoi),
loin de toute forme de faculté. Je n’invente pas, j’y suis allée : c’est
sur le RER qui va à Disneyland, la dernière station avant Mickey. Comme ça, si
t’es trop triste de ton choix, tu peux toujours aller te consoler avec une
petite régression au pays du dessin animé.
Mais
comme je suis très sérieuse et qu’au moment où je vous parle, je bosse plus dur
que jamais… Comme ce n’est pas mon genre d’écrire deux billets par semaine
alors que j’avais promis que je n’écrirais plus rien jusqu’en juin… Et comme,
évidemment, je suis née avec la science infuse et c’est quand même bien
pratique, je n’aurais pas besoin de tout ça.
Qui a osé crier « au boulot, feignasse ! » ?
06 février 2010
Humanitaire et psychanalyse
Chers
lecteurs, je vous ai habitués depuis quelques temps à des billets qui se
résumaient parfois à quelques liens, témoins de mes réflexions en cours, de mes
découvertes, de tout ce que je voudrais approfondir et partager sans trouver le
temps nécessaire. C’est ce que j’aurais voulu faire aujourd’hui, une jolie
compilation de liens vidéo et textes sans commentaires, mais je me suis ravisée :
le sujet mérite d’être développé et traité avec un peu plus de considérations.
Et puis
c’est l'occasion de m’offrir avec vous un peu de psychanalyse (au
prix que ça coûte, ne crachons pas dessus !), et je suis sûre que mes amis
psy vont apprécier le clin d’œil : je pars cet été dans le pays où est née
ma mère, faire un stage dans un hôpital appelé le « centre
mère-enfant ». 
Vous
aussi, ça vous fait sourire ?
Je pars donc en Afrique, dans un pays où la mortalité infantile est près de vingt fois supérieure à la notre, et où j’espère apprendre beaucoup, aider un peu.
Je pars
dans le pays où est née ma mère, et cette simple pensée fait remonter des
souvenirs que l’on croyait perdus. Mon père, lui, est né à Alger. Oui, j’ai des
ascendants pieds-noirs, ne cherchez plus pourquoi je parle (et râle) autant !
Et durant toute mon enfance, nous avons déménagé d’un coin à l’autre de la France.
Depuis, j’ai la bougeotte.
La
bougeotte, et l’envie de me rendre utile. J’avais sept ans, huit ans peut-être,
quand j’ai lu une histoire sur les boat people pour la première fois. Et j’ai
gardé avec moi une photo d’une gamine avec un bol de riz sur le bateau-hôpital
d’une ONG. Elle devait avoir mon âge, et elle était perdue sur des eaux
lointaines à cause de sombres histoires de grandes personnes.
Je
n’avais pas dix ans quand je découpais dans mon journal des enfants les
articles parlant de la guerre au Rwanda et Burundi. 1994, vous vous souvenez ?
Je lisais, impuissante, le décompte des morts et des déplacés en me disant que
plus tard j’irai faire quelque chose pour eux. Ou d’autres. Ne pas rester les
bras croisés.
J’avais
donc décidé de monter mon association, avec une copine et un ou deux petits
frères enrôlés de force, pour la défense de l’environnement (oui, il y avait ça
aussi !) et des plus démunis. Plus tard, j’ai fait ma crise d’adolescence
et j’ai oublié, tous ces trucs de l’enfance qui nous paraissent tellement
ringards.
La
vie est drôle, parfois, parce qu’avant de repenser à tous ces idéaux d’engagement
humanitaire, j’ai croisé les odieux personnages qui gravitent autour, et
dedans, toute entreprise de bonne intention. Ces affreux m’ont appris d’abord
qu’on ne disait plus humanitaire, qu’on parlait de « solidarité
internationale », pour tout ce qui était hors de l’urgence. Ils m’ont
appris à dire « pays du Nord » et pays du « Sud ». Ils m’ont
appris combien « l’éthique » pouvait avoir un goût amer. Ils m’ont
montré les manipulations, les alliances politiques, le dédain dans leurs yeux.
Ils m’ont montré jusqu’où on pouvait mépriser les gens qui vivaient en France,
soignaient en France, comme si seule l’aide internationale avait de la valeur. Comme
si finalement, un petit citadin de chez nous avait moins d’importance qu’un
enfant malien. L’indécence inversée. J’ai mis un moment avant de m’en remettre.
Et voir
Bernard Kouchner aussi nul aujourd’hui, pour n’employer que cet adjectif
(Avez-vous vu cette vidéo ? Comment peut-on dire ça sans sourciller, je ne
sais pas, en tout cas ça me fait presque autant rire que ça)… et se dire qu’il
est à l’origine (pas tout seul, heureusement), de Médecin sans frontière et de
Médecin du Monde, ça dérange. Et ça ne donne pas envie d’aller voir chez eux,
au cas où il resterait des dignes descendants du French doctor le plus
surestimé de l’histoire.
Pourtant,
avec cette petite tonne d’à-priori à mon actif, je suis allée voir ces vidéos :
là, là et aussi là (si vous regardez celle avec la rémoise médecin de prison,
appréciez à sa juste valeur l’accent de la champagne-ardenne, ce petit « ui »
qui me fait toujours sourire). Et plein d'autres... Et mince, je suis touchée, leur action me plait,
et s’il n’y avait cette histoire de six mois loin de mon homme, je signerais tout de suite.
Alors,
pour finir de fouiner sur le net (cette invention est diabolique pour les
curieux de mon espèce qui ont du travail en retard), je suis allée voir ce que
proposait le CRASH. Le « Centre de réflexion sur l'action et les savoirs
humanitaires » dont l’ambition est « de contribuer au débat sur les
enjeux, contraintes, limites - et par conséquent dilemmes - de l'action
humanitaire ». Et on y trouve des choses fort intéressantes (écrites par
des hommes que je ne déteste pas encore, dans ce milieu là, c’est assez rare
pour être souligné). Je vous livre par exemple cette analyse, sans concession,
de Rony Brauman, ex-Président de MSF. Elle a plus de quinze ans et reste d’actualité :
« L’époque n’est pas si lointaine où l’humanitaire
avait ses détracteurs, ses ennemis déclarés qui brandissaient l’étendard de la
justice pour mettre en pièces celui de la charité. La “morale de l’urgence ”,
alors, avait utilement servi de principe fédérateur à tous ceux qui n’entendaient
pas justifier leur inaction au nom de lendemains radieux. C’est désormais
vis-à-vis de ses nombreux dévots, nouveaux apôtres de la solidarité casquée,
que l’humanitaire doit être vigilant. Avec eux, il n’aura bientôt plus besoin d’ennemis.
Pour la première fois, en Somalie, on a tué sous la
bannière de l’humanitaire. Non par accident, mais au cours d’opérations
réalisées par des armées professionnelles. Non sous le couvert de la légitime
défense, mais dans des raids menés au nom du droit de vengeance. La Bosnie nous
a montré à quoi se trouve réduit le droit lorsqu’on prétend l’appliquer sans la
force : à une redoutable illusion. La Somalie illustre, s’il en était besoin,
ce qu’est la force lorsqu’elle oublie le droit: une criminelle injustice.».
Somalie, le crime humanitaire, Ed. Arléa,
Septembre 1993. Rony
Brauman
Si le
personnage vous parle, vous pouvez allez lire ses propos ici : « la
fin de l’humanitaire sans frontières ? », mais surtout, surtout, ici :
« ONG humanitaires et politiques du bâton ». Eviter les dérives du
genre et de la bonne conscience pour « d’abord, ne pas nuire » ... j’avoue,
ça, c’est un concept qui me plait.
17 janvier 2010
Je ne râle pas, je m'exprime !
Pour l’année 2010, le monde de la santé m’a encore réservé des surprises aussi plaisantes qu’inattendues. Tant et si bien que je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager ma joie :

- J’ai reçu ce matin, samedi 16 janvier, mon invitation à aller me faire vacciner contre la grippe A/H1N1. Faisant partie d’une population dite « prioritaire » pour ce fichu vaccin, après avoir réalisé plusieurs vacations dans les fameux centres de vaccinations, 15 jours après la fin du pic épidémique d’après le réseau sentinelle de l’INSERM et surtout deux mois après que j’aie bravement affronté ma peur des piqures pour la sécurité de mes patients. Merci, la CPAM (Et Mme Roselyne) !
Mais, je l’avoue, ce n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder un vase déjà bien rempli :
- Début janvier, premier jour de stage. J’arrive en râlant (moi, râler ? C’est exceptionnel !) parce que c’est de l’orthopédie, que je suis pas faite pour de la chirurgie, que c’est vraiment pas juste qu’une fille aussi maladroite que moi soit collée dans autant de bloc chirurgicaux durant son externat, qu’on aurait dû leur raconter quel danger ambulant je suis pour l’asepsie, que ça leur aurait passé l’envie de me faire m’habiller en schtroumpf, etc.
Et dans la petite salle où sont rassemblés les D4, mes compagnons de malheur, j’apprends que nous sommes 43 étudiants dans le stage. Oui vous avez bien lu, 43. Quarante-trois, je n’en reviens toujours pas. Que les D2 et D3 (les plus jeunes) ont déjà fait le planning parce qu’ils ont commencé plusieurs jours avant nous. Qu’ils nous ont laissé les restes. Que non, aucun médecin ne se déplacera pour nous accueillir. Mais qu’il ne faut pas que je m’inquiète, du coup, je ferai très peu de bloc… et je ne verrai aucun patient.
Eh bien, devinez quoi ? J’ai râlé. Ça n’a fait venir aucun médecin pour nous dire bonjour, ça n’a pas empêché mon groupe de D4 de devoir venir combler les trous au bloc pour regarder des chefs mettre des vis dans des plaques dans des os cassés, ça n’a pas libéré une demi-journée de consultation pour que je voie, enfin, un patient dans ce stage. Mais ça ne m’a pas non plus fait arrêter de râler !
- Enfin, last but not the least, j’allais il y a peu
chercher à la pharmacie de quoi faire face à une autre épidémie, bien plus
terrible celle-ci, qui a terrassé les plus braves d’entre nous et m’a assailli
entre un concours blanc et mon dernier examen de toutes mes études médicales, la
dernière échéance avant le concours de l’internat, celui qui m’aurait donné le
droit de prescrire il y a encore quelques années, qui signe la fin des
exigences universitaires – Alléluia !… où en étais-je ? Ah oui, mon
dernier examen et la fameuse gastro-entérite aigue hivernale des chaumières qui
n’a pas manqué de retourner l’estomac, vous aviez deviné, n’est-ce pas ?
Bien.
J’étais donc à la pharmacie avec mon ordonnance, verdâtre mais confiante, lorgnant avec envie sur les boites qu’on étalait sur le guichet devant moi, repérant déjà dans le lot le sacro-saint Paracétamol, gloire à son nom… et la dame en blouse blanche ose me dire sans sourciller : « Votre carte vitale est bloquée ». « Pardon ? » « Les droits sont fermés, je l’ai mise à jour, ça ne fonctionne pas. Appelez la sécurité sociale, ils se sont amusés à fermer les droits de tous les patients en ce début d’année, moi je ne peux rien pour vous. … Vous les prenez quand même ? »
La larme à l’œil (et l’estomac au bord des lèvres), j’ai dit adieu à mon idole du moment, non sans regret, ayant bien en mémoire que mon compte en banque ne digérait pas non plus les fêtes de Noël, et que cette année les bourses universitaires du mois de janvier ont le bon goût de ne pas vouloir arriver. Tant pis, j’affronterais mon virus toute seule, avec la fierté du combattant solitaire (poor lonesome cowboy… )!
Je vous ferai grâce du passage où j’essaie de joindre la sécurité sociale, accrochée à mon téléphone comme une âme en peine à toutes les heures ouvrables inventées par l’administration publique française. J’ai eu une douzaine de « Tous nos conseillers sont en ligne, nous vous prions de bien vouloir rappeler ultérieurement ». Et la douze-et-une-ième fois : « Bonjour, shcgrhzmbla à votre écoute ?
- (Sortant de ma torpeur) : Euh, oui, bonjour ! Je vous appelle parce que les droits de ma carte vitale sont fermés, et que je n’ai eu aucune information, courrier, mail, téléphone… pour me prévenir.
- Oui, alors c’est normal, votre statut ne doit pas être à jour. Ah oui, effectivement, il nous faudrait trois bulletins de salaire : octobre, novembre, décembre 2009.
- D’accord, mais comment ça se fait ? J’ai fait refaire ma carte dans l’année, et même avant je n’avais jamais eu ce genre de problème.
- Ah ben oui, mais on a changé, avant les droits étaient ouverts pour quatre ans, maintenant il faudra remettre sa situation à jour chaque année.
- Et on aurait été informé de cette nouveauté un jour ? Et pour les autres années, on nous dira au moins quels papiers sont nécessaires, quelque chose ?
- Mais c’est à vous de vous tenir au courant ! Et de nous appeler, chaque année vers la fin de l’année. C’est que les pièces utiles peuvent varier, vous comprenez... »
Je ne sais plus comment j’ai dit au-revoir, entre l’étonnement, la colère, ou le fou-rire contenu. Me répétant que c’était pas sa faute à cette pauvre dame, qu’elle appliquait juste les règles d’une administration qui se marche sur la tête, mais que quand même, put* de bordel de merde, mais qu’est-ce qu’ils sont cons !!!
Alors, après le « J'ai testé pour vous : l’appel à la sécurité sociale », j’ai écrit pour vous : la lettre accompagnant les bulletins de salaires sus-cités. Loin d’être une lettre d’insulte, vous vous en doutez, je suis biiieeeen trop élevée pour ce genre d’excentricité, bien que ça m’ait démangé le stylo quelques secondes - que voulez-vous, en cette période de préparation de concours, il peut m’arriver d’être susceptible. De temps en temps seulement… très très peu … enfin presque. Bref.
J’ai donc rédigé mon courrier, très calme, très zen : « Voici les pièces justificatives nécessaires à la régularisation de ma situation blablabla » et puis, l’air de rien : « En espérant que vous pourrez traiter ma demande blablabla, je souhaite à votre service de communication un bien meilleur fonctionnement pour l’année 2010. »
C’était bien le minimum que je puisse faire, non ?
31 décembre 2009
2 ans déjà !

Joyeux noël, très bonne année 2010 à tous, et bon anniversaire à ce blog !
Deux ans déjà que je vous fais partager mes petites histoires, mes coups de coeur, les difficultés de mon boulot, les joies aussi... et deux ans que vous m'accompagnez par vos commentaires, vos histoires en réponse aux miennes : je vous dois bien un grand Merci !
Pendant encore quelques mois, ma présence risque d'être épisodique (je n'arrive pas à m'imposer le silence complet, bande de veinards). Malgré cela j'espère passer encore du temps avec vous : cette année, entre le concours, mon stage en Afrique et le début de mon internat, je sens que je vais avoir des choses à vous raconter.
En attendant réveillonnez bien, soyez prudent au volant, et à bientôt !
12 décembre 2009
En coup de vent
Je ne respecte rien, je sais, même pas mon obligation à moi-même de fermer ma grande g calmer mes ardeurs du clavier, de décrocher un peu du net pendant les prochains mois pour être (enfin) un peu sérieuse. J'espère que tu me pardonneras cher lecteur de te faire des blagues comme ça mais vois-tu, il fallait que je te parle de deux sujets de la plus haute importance - à ce point, oui !
Le premier, c'est un blog de psy(chologue) découvert de fil en aiguille, et qui pour ma plus grande joie raconte des histoire de famille, d'enfants, de parents, et de grands ados... (Je sais, c'est jaune, orange et écrit en bleu et en gros, ça m'a freinée aussi au début, mais lisez quelques articles, je vous assure ça vaut le détour !)
C'est d'ailleurs grâce à cette note que j'ai découvert un site de psychologie sociale (un jour de grande motivation pour le boulot, n'est-ce pas). Vous vous rappelez sans doute ma facilité à être manipulée sans le moindre problème, j'ai donc trouvé des réponses ici, et là... (pour ceux qui le préfèrent en vidéo, vous pouvez regarder à cette adresse). Et en lisant un peu plus, je suis restée fascinée par les expériences de Milgram, et "The Lucifer effect". Pas au programme de l'internat, certes, mais passionnant.
Le second lien, une de mes meilleures découverte de ces derniers jours également concerne... la vaccination contre la grippe A. Je sais, je manque cruellement d'originalité mais regardez ce qu'en dis Atoute, et si après vous êtes encore démunis quand on vous demande ce que vous en pensez, je ne peux plus rien pour vous !
Bonnes fêtes à tous, et bonnes lectures !
22 novembre 2009
Juin, c'est même pas loin!
Nous y sommes.
J’avais encore beaucoup à vous raconter, comme les petites
choses qui font le quotidien du D4 moyen, entre son meilleur ami le café et l’insulte
la plus horrible qu’on puisse lui faire (celle prononcée par le chef de
clinique prétentieux qui veut que « Tous les externes de cette fac, vous êtes pas plus bêtes que les autres pourtant, mais vous êtes quand même tellement nuls aux
ECN !! »). J’aurais voulu vous parler de mes projets de voyage, ceux
qui me font tenir en pensant à l’ « après » ECN, dans des lieux
où le seul billet d’avion m’endettera pour dix ans.
J’aurais voulu écrire mes souvenirs de stage, et encore quelques coups de
gueule mais finalement, tout ce que je sais faire à présent c’est parler de
sous-colles, de boulot, d’items et de conf’. Même en stage je ne vois pas un
patient. Et je n’aurai même plus de garde pour me donner un peu d’inspiration tant
les nouveaux externes sont nombreux et se battent pour une pauvre garde aux
urgences.
La D4 court plus vite que moi, c’est un fait. Je m’en vais
essayer de la rattraper et vous donne donc rendez-vous en Juin.
Merci à tous pour votre lecture, vos commentaires, vos encouragements jusqu’à présent… à très bientôt !
Et le premier qui dit que « Juin, c’est vachement loin », je lui fais avaler mon Pilly !
PS : pour ceux qui voudraient un peu de lecture en attendant mon retour, je vous conseille le très beau El Blog : de la vie, en vrac...
30 octobre 2009
Arnaquons en coeur
Je n’ai rien contre les visiteurs médicaux. Enfin, presque.
Je préfère le préciser d’entrée de jeu, que l’on ne se fasse pas de fausse idée, je ne leur en veux pas personnellement. Ils ont choisi leur métier, et c’est la crise, personne ne pourrait leur reprocher de gagner leur vie. Certaines mauvaises langues diront bien qu’ils tentent de manipuler les médecins, tout le monde sait que c’est complètement infondé. Le tutoiement, les congrès au soleil et la publicité n’ont jamais fait prescrire plus une molécule qu’une autre. C’est de la pure information mesdames messieurs, tout ce qu’il y a de plus scientifiquement neutre.
Bien sûr.
Si je ne leur en veux pas, c’est que je suis persuadée qu’ils sont encore plus convaincus que nous du bien-fondé de leur activité. Ils ne peuvent pas mentir, ils sont vraiment, honnêtement, assurés de ce qu’ils disent et de ce qu’ils font. J’en veux pour preuve une expérience mémorable d’arnaquage en règle dont j’ai été tour à tour victime puis complice, du temps où j’étais encore un peu naïve. Bon d’accord, un peu plus naïve que maintenant.
J’avais déjà été piégée par le VRP de France-Loisirs. Un boulot ingrat, VRP, qu’il faisait pourtant très bien, ce beau garçon, en venant frapper aux portes des jeunes étudiantes qui n’ont pas envie de bosser, et en tendant une carte en guise de bonjour : « Tenez, je vous donne ça, c’est gratuit ! ». La suite vous la connaissez peut-être : « regardez tout ce que vous pourrez avoir avec », « vous aimez la lecture ? » A une telle question, je ne pouvais répondre non, et c’est encore un fil que tissait l’araignée autour de moi. « Vous avez un coin de table, pour que je vous montre mieux ? » et voilà, tel le loup dans la bergerie, le VRP est rentré, il sait qu’il ne repartira pas sans que vous ayez signé pour deux ans.
Que celui qui ne s’est jamais, jamais fait avoir me jette la
première pierre.
J’en connais qui ont fait pire avec l’EMC Campus, une espèce de compilation en
10 tomes de toute la médecine, qui vous coute le prix d’une voiture, des yeux
de la tête, et de la peau des fesses en même temps. A l’époque où Dieu Google
répond à toutes vos questions. Ils sont très forts ces vendeurs.
J’avais été piégée encore par une jeune fille d’une boite d’abonnements presse dont je tairai le nom, mais que vous ne manquerez pas de croiser si vous vous rendez sur le moindre campus au moment de la rentrée. Ils s’organisent en bande, vous harponnent, petit étudiant pommé qui ne sait plus trop s’il doit acheter une blouse, des polys, s’abonner à une ronéo et où se trouvent ces saletés d’emplois du temps dans cette fac immense. La victime idéale. Et vous en ressortez avec un abonnement d’un an à une revue qui au final ne vous servira vraiment, mais alors vraiment à rien. Avec une super réduction cela dit, une affaire !
J’aurais du me méfier.
Mais il fallait que je voie leurs techniques de mes propres
yeux, et l’année suivante, en mal de petit boulot pour l’été, je suis allée postuler
dans leurs rangs. On passe des épreuves de sélection, pour voir si on est assez
convaincant, si on a un minimum de charisme (que j’avais, youhou !) puis
vient le temps de la formation. Formation faite par des jeunes, comme nous
(parce que le message passe mieux si il vient de pairs). Complètement manipulés,
comme nous ne tarderons pas à l’être. On y apprend les techniques élémentaires,
le B. A. BA du manipulateur. Bonjour, sourire, vous avez 5 minutes ?
sourire. Vous aimez lire ? Vous faites quoi comme études ? Bien
sûr, si c’est un jeune, passer directement au « tu » et ne pas
hésiter à le questionner sur ce qu’il aime, ça nous permettra d’adapter au mieux
notre proposition de vente.
Et comme ce sont des petits malins, à la grande direction de cet
attrape-couillon, les vendeurs, en première ligne, ne sont payés que s’ils
réalisent des ventes. C’est tellement plus motivant. D’ailleurs, nos formateurs,
étudiants eux aussi, ne sont payés que si on fait un certain nombre de vente.
Comme ça, leur porte-monnaie dépend directement de la réussite de leur petite équipe.
Pendant ce temps, loin au-dessus dans la hiérarchie, autant vous dire qu’ils s’en mettent plein les poches, en exploitant les étudiants à la fois pour acheter et vendre leurs produits.
C’est une idée de génie, quand on y pense, non ?
Et bien quand on me parle des laboratoires, je ne peux m’empêcher de repenser à cet été qui m’a couté une énergie folle, et finalement rapporté très peu. Je ne devais pas être suffisamment malléable pour vendre n’importe quoi à n’importe qui sans l’ombre d’un remord.
Les grands laboratoires, disais-je donc, s’en mettent plein les poches, eux aussi. Et ne se plient aux règles du jeu des articles scientifique que parce que c’est le passage obligé pour vendre leur produit. Mais ça ne suffit pas, et c’est là qu’interviennent, à côté des médecins attitrés et des dessous-de-table de la Haaaute Autorité de Santé, nos chers visiteurs médicaux. Qui, tels les meilleurs VRP de France-Loisirs, n’arriveront que rarement les mains vide et vous feront signer l’ordonnance au final, n’en doutez pas une seconde.
C'est le genre de chose qui se fait
quotidiennement, sans aucun problème, dans tous les services hospitaliers, ou presque. Et
ces grandes personnes responsables que sont les médecins se font avoir
comme des étudiants perdus de première année. Tout pareil. Ne le dites pas trop fort, ils vont vous soutenir le contraire.
Alors je me dis que ça doit bien être
Dr Jaddo qui a raison : mieux vaut ne pas les recevoir du tout, quitte à
se taper Prescrire et le New-England en VO ! [Pour les non initiés,
Prescrire est une revue inbouffable mais qui a l’avantage de ne pas être
financée par la publicité, au contraire de beaucoup de revues médicales. Et « The
new england journal of médecine », c’est ça]
03 octobre 2009
L’obstétrique, c’est fantastique.
Vous allez trouver que je radote ou que j’exagère, mais pas
du tout. 
J’ai raté une vocation de sage-femme à n’en pas douter.
J’aime les salles d’accouchement. Et non, je ne suis pas folle. Il y a un
condensé d’attente et d’espoir, de peur et de doute dans une même unité de lieu
et de temps, rythmés par les battements du monitoring, qui ne peut laisser personne indifférent.
Les sabots de blocs claquent leur pas décidé entre les chambres et on se demande toujours si c’est pour bientôt. Les heures s’égrènent, les primipares trouvent le temps long, c'est tellement lent un accouchement ! Ca fait deux jours qu'elles contractent et qu'elle ne dorment plus, excitées et anxieuses, et il faut encore attendre... Les anesthésistes posent tranquillement leurs péridurales, les sages-femmes TVètent sans compter, les élèves remplissent leurs jolis partogrammes en 4 couleurs (des dessins qui racontent l'évolution du travail et l'engagement du bébé), les médecins vadrouillent d’échographies en blocs programmés et tout ce petit monde ronronne, à peine interrompus par les cris d’un bébé qui respire pour la première fois.
Et d’un seul coup tout bascule. Un cœur qui fait pftou… pftou… pftou… bien trop lentement depuis de longues minutes et du sang, rien que du sang dans le liquide amniotique. La sage-femme affolée, un pH à 7,08. C’est bas, très très bas, genre le bébé souffre mais en plus il n’a aucune chance de récupérer tout seul. Branle-bas de combat, tout le monde au bloc opératoire, on pousse la patiente sur son brancard, on pousse un anesthésique, on incise, on sort le bébé. 6 minutes entre le chiffre du pH et la naissance. 6 petites minutes à courir, tirer, pousser. Pour un bébé vivant. Et, à priori, en bonne santé.
Et comme les urgences n’arrivent jamais seules dans ces cas-là, on nous amène dans la foulée une dame à 33 semaines d’aménorrhée qui contracte tout ce qu'elle peut. Tant et si bien que les tentatives de retarder l'accouchement ont toutes échouées. Pour vous faire une idée, il manque deux mois de grossesse à ses bébés pour être présentables. Oui, ses, parce qu’en plus d’être pressés ils sont deux !
Une fois au bloc, l’obstétricien, rassuré, propose que l’on
mette la péridurale avant l’accouchement. Bonne idée, la patiente est ravie,
mais elle ne savait pas : pendant que l’anesthésiste fait son boulot, il
ne faut pas bouger. Et je n’ai jamais essayé, mais ne pas bouger du tout
pendant une contraction, ça n’a pas l’air évident. Alors elle essaye, elle
souffre, elle crie, elle pleure et moi, comme une idiote, je la tiens et je
répète « soufflez madame, soufflez ! », « Respireeeeez, souffleeeez ». Ce
qui n’a strictement aucun effet. Peut-être seulement celui de me rassurer un peu devant
cette douleur que je ne comprends pas.
Et puis, quand c’est presque fini, je comprends : la tête de la jumelle
est en train de sortir. On voit les cheveux, puis bien plus que les cheveux,
puis…
Court arrêt sur image : vous vous rappelez cette garde de réanimation où j’ai du mimer un ECG faute de mots pour dire que j’avais une patiente donc le cœur s’était arrêté sous mes yeux ?
Et bien là, presque deux ans après, une petite fille pointe le bout de son nez et moi je m’améliore nettement en disant à la sage-femme : « je vois une têêête ». Pas impressionnée, elle ne réagit pas tout de suite, pensant sans doute qu’on ne voit encore que le sommet du crâne. Toujours en net progrès, je répète distinctement : « Non mais je vois VRAIMENT une tête ! ». Et c’est donc dans mes mains toutes nues qu’une petite Laura est sortie, en attendant la sage femme qui l’a confiée aux pédiatres pour les premiers soins.
La naissance du second s’est faite de manière plus conventionnelle, enfin… les pieds en premier mais dans les mains habiles de l’obstétricien. Moi j’étais déjà un peu déconnectée de la réalité, encore sous le choc. Loin dans un monde où les gynécologues ne feraient pas de chirurgie, ou bien où les pédiatres feraient des accouchements… Bref, complètement ailleurs.
Et puis je n’ai pas eu le temps de reprendre pied dans la réalité, nous avons eu 5 césariennes en urgence sur cette garde, dont deux autres jumeaux dans la nuit. Et un accouchement normal que j’ai pu faire avec mes petites mains, et avec des gants cette fois !
Et en quittant la maternité ce matin-là, tous les nouveaux-nés allaient bien.
C’était mon dernier jour en gynéco. Et pour un happy end, celui-ci est plutôt chouette, non ?
14 septembre 2009
Les joies de la chirurgie
Dans mon service de gynéco, nous avons l’inestimable chance
de passer deux semaines au bloc opératoire. Deux très longues semaines à tenir
les murs et admirer les lieux. Et les gens.
Le personnage principal de l’histoire est donc un schtroumpf
en bonnet bleu avec de gros sabots de bloc. C’est un chirurgien. Prononcez
« Chiiiiirruuuurgien », avec la majuscule. Un être pas si différent
de nous autres, pauvres terriens, quand il se ballade dans son service ou
ailleurs. Il peut même être une femme, et même avoir des enfants… mais bon,
dans ce cas, de leur propre aveu, c’est la nounou qui les élève. Triste Schtroumpf.
Bref, ce
schtroumpf se transforme en une bête étrange dès qu’il franchit la porte du
bloc opératoire. Un peu comme le conducteur devient ordurier dès qu’il prend le
volant et se croit tout permis, le chirurgien devient sans s'en apercevoir, à de rares exceptions
près, un horrible connard.
Peut-être est-ce moi qui connais mal le protocole de
politesse du bloc opératoire, le code de conduite inhérent à ce huis clos… mais
pour avoir entendu des personnes dire « merci » et « s’il vous
plait », j’en ai déduit que gueuler sur les gens qui ne lisent pas dans
les pensées de l’opérateur était une habitude bien ancrée mais non
indispensable à la réussite de l’intervention. Il en résulte une cascade de réactions,
toujours les mêmes : le grand Chef crie sur l’infirmière instrumentiste,
qui elle-même rend la politesse aux chefs de cliniques, qui à leur tour
gueulent sur les internes. Qui se taisent. Je ne voudrai pour rien au monde
être à leur place. Leur seul enseignement pratique, il se fait sous les ordres,
les cris, ou les soupirs exaspérés de leurs aînés.
Durant deux semaines, j'ai été invisible ou presque. Lorsque même les internes ne sont qu'observateurs de l'opération qui se déroule à portée de leur main, l'externe ne peut que régler les scialytiques et espérer qu'on se rappelle de sa présence au moment de faire les points de fermeture. Ça n'est jamais arrivé.
Par contre, à la fin d'une matinée, tout au bout d'une longue semaine d'invisibilité, j'ai eu droit à une question. Une chir un peu moins mal lunée que ses confrères qui me demande "et ce ligament, là, c'est quoi ?". Prise au dépourvu je bafouille, je ne me rappelle plus, je cherche, j'hésite, j'avoue : je ne sais pas. S'en est suivi un long laïus exaspéré sur la nullité de tous les externes de toutes ces promotions de petits jeunes qui ne connaissent même plus la plus basique des anatomies : le ligament lombo-ovarien (bon sang mais c'est bien sûr !). Je ne l'oublierai plus. Les chirurgiens sont les
rois de la pédagogie.
Et puis cette habitude de tout commencer aux aurores ! Huit heures du matin, ils sont déjà le bistouri en main, ou le dossier de staff étalé sur la table, pas de temps à perdre ! Je leur préfère de loin leurs confrères anesthésistes, avec leur flegme et leur demi-douzaine de café à l’heure en toutes circonstances.
Et une
fois ressorti du bloc, la transformation s’effectue en sens inverse, l’odieux
personnage se mue en quelqu’un de tout à fait convenable. Enfin, parfois. Si on
a de la chance, quoi…
P.S. En relisant ce billet, je me suis aperçue que je fais exactement comme ceux que je critique : je pars d'un comportement pour généraliser à tous les chirurgiens de la France entière. J'ai donc modifié un peu et j'espère que vous m'excuserez.
Photo : smurf doctor, flickr
21 août 2009
Marchons, marchons !
Je vous propose de nous recueillir aujourd’hui à la mémoire
de mon stylo-bille noir, prénommons-le Alfred, mort dignement au combat en D4,
premier décimé d’une longue série puisque ses collègues des tranchées font
grise mine à leur tour (ha ha).
Ainsi, tout comme le carnet que j’ai dédié à la calcémie corrigée, en espérant qu’elle se souvienne de moi le jour du concours même si moi, je ne me souviens jamais d’elle, mes vaillants soldats défendent bravement, jour après jour les couleurs de ma D4.
La D4, cette année qui m’autorise à devenir une associable notoire, une idiote savante, coupée du monde mais pas des 345 chapitres qui rythment mes après-midi.
Ca y est, je fais enfin partie de ceux que je voyais les années précédentes, forçant le respect avec leur aura : bientôt ils seront médecins ! Leur teint blafard, leurs muscles flasques et le verbe pauvre, tout cela n’y changeait rien : c’était la même admiration dans mes yeux que la jeune lycéenne devant les grands dadais de Terminale. Qu’importe leur acné et leur baggy sous les fesses, ils allaient avoir leur bac : trop–la–classe.
C’est donc à moi de livrer bataille maintenant. En première ligne. Et les assauts des Pas-Mis-Zéro, ces mots-clés pervers qui s’invitent dans le moindre item, les détails des ionogrammes, les subtilités des tracés ECG, les conférences de consensus de la HAS, et tout un tas de classifications imbittables, rien ne résistera à mon armée de stylos, feutres, marqueurs, fiches, feuilles, cahiers, classeurs, livres et cas cliniques !
Les ECN n’ont qu’à bien se tenir.
P.S. J’ai beau avoir une motivation sans bornes, cher
lecteur, tes messages d’encouragement seront les bienvenus, d’autant plus qu’il
n’est pas tout à fait improbable que j’ai au cours de l’année des retours de
bâton, dans le plus pur style « Grande symphonie en déprime
majeure », faite maison.
Si vous m’entendez à cette occasion dire que « je n’y arriveraiiii
jaaaaaamaaaais », vous pouvez me piquer des boules Quies pour attendre que
ça passe, c’est permis.
30 juillet 2009
D'eau et de sang
C'était ma première garde en gynéco.
On m'en avait dit des horreurs, on m'avait averti de la désespérante futilité
des motifs de consultation, du caractère répugnant des accouchements… La fleur
au fusil, je me suis rendue à ma garde avec une excitation mêlée
d’appréhension : « et si c’était vrai… ? »
Et je suis ressortie, 26 heures plus tard, sans avoir dormi ni pris de repas digne de ce nom, un sourire béat sur les lèvres.
Entre temps, j’avais fais mon premier examen gynéco, posé
mon premier spéculum, vu des femmes jeunes, moins jeunes, enceintes ou non…
j’avais suivi, voire collé les sages-femmes à la semelle pendant des heures, à
tel point qu’elles m’ont laissé faire mes premiers gestes. (Oui, la sage-femme
est un être particulier à l’hôpital, une sorte d’extra-terrestre mangeur d’externe
qu’il convient de savoir apprivoiser si l’on veut pouvoir approcher une femme
enceinte à moins de 10 mètres)
J’étais allée au bloc, et j’avais pu m’habiller pour voir
une césarienne. Quand je dis « m’habiller », c’est le signe d’un
grand privilège : celui d’être admis dans le cercle très privé des
personnes en stérile, qui peuvent se pencher sur le champ et tripatouiller les
outils !
Ma mission consistait à tenir l’aspiration, et éviter que tout soit inondé.
Mais c’est tellement surprenant, ce geyser à l’incision de la poche des eaux …
J’ai donc été baptisée de la blouse aux chaussures, de liquide amniotique et de
sang. Et j’ai aspiré, tremblant moins que l’interne essayant de sortir ce gros
bébé, puis le tenant par les pieds, victorieux. 4 kg 500 et des brouettes.
Fin de la précipitation : l’enfant va bien, il parait qu’il crie mais je
suis trop sous le choc pour l’entendre : la mère perd des litres de sang
et il parait que c’est normal. Je ne cesse d’aspirer pendant que l’interne
recoud ; il tremble toujours lui aussi.
A la fin de l’intervention, je vois la mère sourire à son garçon, je suis en
sueurs et mes jambes me font des blagues. Noir. Pause. « Non non, tout va
bien, laissez moi juste quelques heures pour m’en remettre ! »
Et puis, une fois mes esprits recouvrés et la soirée passée,
l’activité aux urgences s’est tassée, et j’ai pu aller de l’autre côté du
rideau : « En Salle ». Avec le secret espoir de voir des
accouchements, des vrais !
J’avais préparé mon petit discours à l’avance « Bonjour Madame, je suis
étudiante en médecine, est-ce que vous me permettriez de rester dans la salle
pour l’accouchement ? » Mais pour le premier, on m’a attrapée au vol
dans un couloir, tirée dans une salle d’accouchement où régnait le foutoir le
plus complet, la Madame poussait déjà, et en cinq minutes, montre en main, le
gamin était sorti. Avait glissé dehors, même, tant les événements
s’étaient précipités.
Ce premier bébé a signé le coup d’envoi pour la nuit, toutes les femmes de la maternité se sont mises à contracter à tour de rôle, et les accouchements se sont succédé sans interruption jusqu’au matin. Des beaux bébés, des bébés moches, des bébés bleus, des criards, des tout calmes, des doubles ou triple circulaire du cordon, des prématurés, des réanimés, des en bonne santé…
J’ai même pu tricher et suivre la pédiatre dans ses premiers soins aux nouveau-nés. J’étais aux anges. Les internes n’en revenaient pas de voir une externe courir partout dans la maternité au beau milieu de la nuit, moi je n’en revenais pas de voir tant de choses pour ma toute première garde.
Donc non, si on n’est pas trop impressionné par les diverses
sécrétions corporelles, un accouchement n’est pas répugnant. Ce n’est peut-être
pas seulement un moment magique ou beau, mais c’est la vie, et c’est un moment
intense. Rien de moins.
27 juillet 2009
I heard there was a secret chord...
I heard there was a secret chord
That David played and it pleased the Lord
But you don't really care for music, do you ?
Well, it goes like this, the fourth, the fifth
The minor fall and the major lift
The baffled king composing Hallelujah...
Well your faith was strong but you needed proof
You saw her bathing on the roof
Her beauty and the moonlight overthrew you
She tied you to her kitchen chair
She broke your throne and cut your hair
And from your lips she drew the Hallelujah...
Baby, I have been here before
I've seen this room, I've walked this floor
You know, I used to live alone before I knew you
I've seen your flag on the marble arch
Love is not some sort of victory march
It's a cold and it's a broken Hallelujah...
There was a time when you let me know
What's real and going on below
But now you never show that to me, do you ?
And remember when I moved in you
And the holy dove was moving too
And every breath we drew was Hallelujah...
Maybe there's a God above
But all I've ever learned from love
Was how to shoot somebody who outdrew you
And it's not a cry of joy that you hear at night
It's not somebody who's seen the light
It's a cold and it's a broken Hallelujah...



